Les jeudis d’Anthony


Hexagone

Nous sommes parfois surpris par les hommes politiques, un exemple, quand Sarkozy cite Jaurès je me demande si le cynisme dont il fait preuve est une forme d’humour et de provocation ou tout simplement les symptômes d’un homme dangereux qui s’apprête à attraper le pouvoir. Un autre bonhomme m’a fait plaisir et ce n’est pas la première fois. Il s’agit de Bayrou. Voilà un type qui dénonce le danger des « amitiés » entre les patrons des grands groupes de presse et le prochain candidat de l’UMP. On attendait cette réaction de la part des socialistes, peut-être même des communistes ou de l’extrême gauche ! Et bien non, c’est l’UDF qui parle de sa crainte de voir une presse privée aux bottes d’un homme politique. Il faut dire que Pinault, Dassault, Lagardère, Bouygues et Rothschild se partagent la quasi-totalité des médias nationaux et sont tous les copains de Nicolas. Sarkozy nous fera peut-être le plaisir de devenir le Berlusconi français en rachetant un grand club de foot, histoire que le peuple ne puisse plus se passer de lui pour le plus grand plaisir de sa mégalomanie.

Sans frontière

Si ce n’est pas une surprise ! Blair expulsé par sa propre famille politique ! Ils n’en veulent plus, ils nous en a trop fait, ont fini par juger le Labour. Après la démission de plusieurs ministres et face à une impopularité croissante, Blair donnera sa démission pour mai prochain. Imaginez, Chirac devant les caméras de TF1 dire que sous les reproches des français car, il y en a eu des crises, lui qui n’a jamais était vraiment populaire, annoncer qu’il quitte ses fonctions. Impossible me direz-vous et vous avez bien raison ! Finalement, on peut penser ce qu’on veut de la politique de Blair, par contre, j’applaudi cet élan de dignité dont notre président de pacotille fut et reste incapable.

Soufflons les bougies

Cela fait cinq ans que Ben Laden est devenu la star de tous les intégristes de la planète. Pour fêter le 11 septembre Al-Qaeda nous offre des images antérieures à l’attentat où l’on peut entendre Oussama dire « préparez-vous, il vont envahir l’Afghanistan ». On le voit sourire à la caméra comme un zombie le fait à sa victime dans une série B. Que c’est il passé en cinq ans ? Trois guerres : l’Afghanistan, l’Iraq, le Liban… et peut-être bientôt l’Iran… Ben Laden est un épouvantail, ce genre de monstre à gueule humaine qui vous fait peur simplement parce que vous savez qu’il est aimé. Chaque fois que je vois la sale tête d’un tyran en puissance, je me récite une jolie phrase de Cavanna « Les Attila passent, l’herbe toujours repoussent ».

Culture

Il y a au cinéma trois genres particuliers qui sont un peu les extrêmes du 7ème art. Le film d’horreur, le film pornographique et le film historique. Chacune de ces formes cinématographiques donne une approche complexe de la réalité.
Dans un film d’horreur, d’épouvante, le spectateur sait que tout ce qu’il voit à l’écran est faux mais bizarrement, la frayeur qu’il ressent peut le poursuivre même après la séance. Le faux ou plutôt le mensonge, l’exagération de la peur ne se dissipe pas. Le danger, le monstre (vampire, requin…), les lieux isolés (Massacre à la tronçonneuse) ou l’au-delà et l’occulte (l’Exorciste), tous ces thèmes abordés par les films d’horreur jouent sur une angoisse irrationnelle à la souffrance. Je sais que ça n’existe pas, mais de regarder la peur me fait peur. En regardant un film d’horreur, on ne voudrait pas être à la place du personnage principale.
Dans un film pornographique, le spectateur sait que tout ce qu’il voit à l’écran est vrai. Le rapport sexuel n’est pas un trucage, par contre le sentiment qu’il s’en dégage est tronqué puisque le spectateur ne sort pas d’une séance pornographique en pensant que toutes les femmes sont des nymphomanes n’aspirant qu’à se soumettre à nos pulsions ; tous les spectateurs sauf peut-être Denis Zavarise puisque toutes les femmes ne demande qu’à être sienne en lui faisant tout ce qu’elles n’oseraient pas faire aux autres. La violence dans la pornographie ne provoque pas une peur mais un désir suivit d’une frustration. L’idée qui se dégage d’un porno c’est que la sexualité est un rapport de force et qu’en « baisant » une femme on la soumet et on jubile devant son humiliation. Humiliation suggérée par la mise en scène et non par l’acte en lui-même bien évidement. En regardant un film pornographique, on voudrait être à la place du personnage principale.
Dans un film historique ou mettant en scène des personnages historiques, le spectateur sait que les personnages sont des acteurs et qu’ils ne meurent pas comme dans le film, par contre le spectateur sort de la séance en pensant qu’il a vu la vérité. Il peut dire à la fin du film : « je sais maintenant ce qu’il sait passé ». Le film historique n’est pas un documentaire et souvent les cinéastes ont tendance à le faire croire au spectateur. Ce fut le cas du film de Mel Gibson sur le Christ. Faire parler les personnages en araméen par exemple marquait la volonté du cinéaste de faire croire aux spectateurs en la véracité des images et de son propos. Je rappelle que nous n’avons aucune preuve de l’existence de Jésus. Dans un film historique le spectateur vient de voir vivre l’Histoire.

Le film de Ken Loach, Le vent se lève, est une réussite. Les acteurs sont d’une justesse déroutante, les plans larges sont superbes et la réalisation est sans fausse note. Le film a pour thème la guerre d'indépendance irlandaise (1919-1921) et la guerre civile qui la suivit (1922-1923) Le film raconte l'histoire d'un petit groupe d'activistes de l'IRA et, en particulier de deux frères, Damien et Teddy O'Donovan qui sont d'abord unis contre les Britanniques et qui se déchirent ensuite au moment du cessez le feu. Loach montre des Anglais arrogant et le spectateur comprend la révolte des gentils Irlandais catholiques. La bande de copain devient une milice et le jour où ils se font chopper, Damien (le gentil des gentils) tue froidement son ami d’enfance accusé d’être une balance. Cette « intégrité » face aux idées plus fortes que la vie, lui reviendra en pleine tête puisque son frère aussi fait passer la sainte Irlande avant la vie d’un homme.
On peut comprendre le film de deux manières : La première, c’est que d’une lutte en apparence juste, l’entrée de la violence (mort du traître) pour chasser l’ennemi, aboutit à l’utilisation de la violence entre eux pour séparer les purs des impures. Pour moi, Ken Loach fait le parallèle entre la fratrie qui tourne mal de deux pays et celles de deux frères. Je rappelle que la sainte Irlande n’a pas pris position durant la seconde guerre mondial pour ne pas faire comme son méchant voisin.
La seconde c’est de penser que l’IRA est un groupuscule de héros qui est arrivé à aller au bout de ses idées et qu’il y a du courage à mourir pour ses idées.
Loach ne tranche pas assez entre ces deux lectures et c’est ce qui ma gêner dans ce film. Ainsi le spectateur peut sortir en se disant que l’IRA a peut-être exagéré mais que c’était juste. A part ça, je le conseille sincèrement, c’est une réussite.

Anthony Casanova

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