| |
LE COQ DES BRUYERES lundi 19 juin
SUSHIS.
Depuis « Tintin et le lotus bleu », je me méfiais un peu des Japonais, mais c’était le temps où la Chine courbait le dos sous l’envahisseur nippon. On disait à l’époque plein de choses désobligeantes sur les Japs, qui buvaient leur urine, et l’on ajoutait « c’est pour ça qu’ils sont jaunes ! » en riant grassement, et de surenchérir en grasseyant : « Mais alors, si les Japonais sont jaunes parce qu’ils boivent leur pipi, que peuvent manger les Africains ? », vous voyez, toutes ces sortes de plaisanteries graveleuses à l’endroit de l’asiatique, que l’on disait même mangeur d’enfants et réducteur de pieds féminins, quoi qu’il y ait du vrai dans tout ça.
Mangeurs de chiens, c’est sûr, mais nous les Français, on mange bien des frites !
Or, manger des frites est aussi inhumain que bouffer des chiens, car les frites, à la longue, rendent obèses et par conséquent malades. Quand on sait que 15% des gosses français sont obèses, on se dit qu’ils feraient mieux de manger leurs clebs. Je parle évidemment des petits clébards, que l’on peut aisément tremper dans la sauce avant de les déguster. La semaine dernière sur la Croisette, j’ai vu une Cannoise promener un petit truc à quatre pattes, mal terminé, probablement fabriqué au Guatémala, au bout d’une très longue laisse ; on eût dit qu’elle promenait son tampax.
Mais pourquoi vous dis-je tout ça ?
Ah oui, figurez-vous qu’à midi, me baladant sur les Grands Boulevards parisiens, je fus saisi d’une hypoglycémie galopante, et me précipitai, sans examiner l’enseigne, dans un restau du boulevard des Italiens, nommé EDOKKO.
Il ne paie pas de mine, l’Edokko. Côté design, ça relève moins du Palais de Jade que du Quick. Mais dès l’entrée, je tombai en arrêt devant trois minois asiatiques, aux sourires d’anges et silhouettes de fées. L’une avec des seins qui la précédaient de trente secondes, les deux autres avec de petites paires de nichonnets qui doivent être durs sous la dent. Ajoutons à cela trois paires de fesses rudement musclées par les va-et-vient entre les tables, et mon hypoglycémie se mua en appétit sexuel aggravé. Où étais-je ?
Eh bien, tout simplement dans un restau de sushis. L’une des trois merveilles s’avança vers moi, et avec un sourire sensuellement commercial, me désigna une table, où je m’installai, obéissant, soumis, docile, conquis. Elle m’eût désigné la porte que j’eusse quitté les lieux fissa pour m’asseoir sur un SDF endormi en attendant la carte des mets. Que c’est agréable d’être accueilli par un beau sourire ! On a la sensation furtive d’avoir du charme, d’être bel homme, jeune et svelte, riche et couillu. L’appétit s’en trouve boosté, de sorte que j’aurais bouffé la table au moment où elle m’apporta la carte des menus.
L’avantage dans un restau de ce style, c’est qu’on peut s’imaginer déjeûnant dans le pays dont on goûte la cuisine. Suffit de manger paupières mi-closes en occultant les conversations françaises, pour ne préter l’oreille qu’aux accents exotiques. Faire un tri, en quelque sorte. Et, naturellement, vicelard comme je suis, quelques minutes suffisent pour léviter, nu, jusqu’à la hauteur des ces mains divines qui, en l’espace de six secondes, te transforment l’escargot nain en palmier géant. Les trois serveuses, par la grâce de mon imagination, ont troqué leurs tabliers de larbines pour la minijupette de la masseuse experte dont les cuisses montent jusqu’à la vallée des Deux Parenthèses…
Puis elles m’ont apporté des assiettes comme on offre des serviettes chaudes qui vous épongent la sueur. Puis, attendries par mes petits mots douc, m’ont déposé sur les lèvres trois fleurs en forme de bouches…
Sèche ! Suche ! Cuche ! Fiche !
Je n’ai pas demandé de dessert, la description en eût été choquante et libidineuse pour mes lecteurs catholiques de gauche, tels Anthony Casanova ou Daniel Gros.
J’ai quitté Edokko le pas léger, car cette cuisine est ultra-light, et la tête peuplée de ces silhouettes de libellules qui n’ont de bridé que les yeux. Et je me disais, en marchant allègrement vers le cinéma Rex, : « Si j’épouse l’une d’entre elles et que nous ouvrons un restau jap, nous l’appellerons Le lotus bleu ».
Car, depuis midi, je suis en paix avec le Japon, au point
que cette nuit, je sens que je vais lire d’une main.
SAYONARA !!!
|
|