Quand la géographie s’en mêle.
C’est fait, on ne l’attendait pas forcément avec impatience, mais à la manière d’une diarrhée qu’on redoute mais qui semble inéluctable, Nicolas Sarkozy a fini par annoncer ce que l’on sait depuis 2002, à savoir qu’il se présente à l’élection présidentielle de 2007. Le fait qu’il annonce sa candidature à la télévision n’a rien d’étonnant puisqu’il ne vit qu’en fonction du tube cathodique. Mais, j’aimerais me pencher sur l’une de ses propositions d’ordre internationale.
Sarkozy, il ne s’en cache pas, cherche à ratisser dans la mélasse des électeurs de l’extrême droite, représentée par Le Pen et Villiers. Pour faire du pied à ceux qui ont plutôt tendance à lever le bras droit, Sarkozy a « philosophé » sur le cas de la Turquie et de son avenir dans l’Europe. Il a annoncé que s’il était élu, il stopperait les négociations pour l’entrée de la Turquie dans l’Europe des 25 et, pour se justifier, il a donné deux raisons ; l’une politique et diplomatique et l’autre complètement démagogique et d’une connerie à faire rougir Roselyne Bachelot.
Premier argument : La Turquie est en conflit avec Chypre qui fait déjà partie de l’Europe, et pour cette raison, Nicolas, nous dit qu’il ne peut y avoir au sein de l’Europe un pays (la Turquie) qui n’en reconnaît pas un autre (Chypre). Nous sommes d’accord, il a raison, il faut régler les animosités de ces deux pays pour pouvoir avancer et continuer dans ce que certains nomment le « rêve européen ». Sarkozy sait qu’un argument comme celui-là tient la route, mais que d’ici quelques mois ce « problème » d’acceptation peut être réglé. Donc, Sarkozy trouve un second argument pour empêcher totalement l’adhésion de la Turquie. Lequel ? Et bien le Sarkozy, rappelle que la Turquie ne se « trouve pas en Europe mais en Asie mineure ». Quand la diplomatie est absente, il nous reste la géographie pour s’inventer de nouvelles frontières, ainsi les électeurs d’extrême droite soufflent et vive les saintes frontières que le bon Dieu a créées pour nous séparer des Ottomans, de la Mésopotamie, du Maghreb et de tous les pays qui effrayaient nos braves ancêtres consanguins.
En France, on a longtemps enseigné l’histoire en même temps que la géographie. Dans la plupart des autres pays, ces deux matières sont séparées, mais pas chez nous. C’est parce qu’il parût important au début du XXe siècle de faire comprendre aux enfants que les frontières de la France n’étaient pas le fruit du hasard, mais l’oeuvre de Dieu ou, après 1905 de la nature. Car, disait-on, nos frontières sont logiques : les Pyrénées avec l’Espagne, les Alpes avec L’Italie, le Jura, le Rhin et on arrive à la Manche… et c’est de cette manière qu’on faisait comprendre aux futurs héros de la prochaine guerre, pourquoi l’Alsace et la Lorraine sont la propriétés de la France et non de ces salauds de Boches !
L’Europe est un continent, on le sait, on peut le jurer ! Mais… il ne faut jurer de rien comme vous le rétorquerait Musset et il aurait raison ! L’Europe n’est pas un continent, et oui chers lecteurs, souvenez-vous de votre géographie, un continent, c’est un vaste étendu de terre entourée d’eau, pour résumer, une île géante. C’est pour cela qu’on appelle notre continent l’Eurasie ! Merde se disent les fachos de tout bord, on nous supprime nos belles frontières nationales et on peut même plus s’accrocher à celles de notre continent ? Et non.
Tout ça pour dire que Nicolas Sarkozy est un crétin qui ne connaît même pas la définition d’un mot tout con comme celui de « continent ».
Mais délaissons le dictionnaire pour en revenir à l’Europe. L’Europe est une excuse, ceux qui ont voulu « faire » l’Europe, c’était avant tout pour casser le concept de la nation et pour barrer la route à toutes les formes de nationalismes qui avaient fini par enfanter les camps d’extermination. L’Europe s’arrête t-elle à l’Oural ? A Istanbul ? Je rappelle qu’une partie de la Turquie se situe dans ce que Sarkozy appelle l’Europe. S’arrête-t-elle sur les plages de la Méditerranée ? Il est aussi absurde de se demander où l’Europe se termine que de se demander où finissent les Droits de l’Homme !
Prenons la Grèce par exemple, vous conviendrez que ce pays est plus éloigné du Portugal que de la Turquie ! Et l’Espagne, n’est-elle pas plus proche du Maroc que de la Pologne ? Pourquoi ne feraient-ils pas partie du même « club » ? C’est complètement con, ce doit être pour ça que Sarkozy parle d’Asie mineure puisque lui-même est un politicien mineur. Au départ nous étions six, aujourd’hui nous sommes vingt cinq, et demain serons encore plus nombreux. L’Europe n’a rien à faire des frontières, des lacs, des mers, des montagnes, l’Europe c’est une idée, un espoir et non une grande nation qui servirait à attiser un patriotisme tout neuf.
Il y a une petite histoire qui raconte qu’un homme, pour séduire une jolie jeune femme qui voulait découvrir le bout du monde, lui demanda de se mettre devant lui et de fixer l’horizon. Il se mit juste derrière elle, et lui demanda de deviner où pouvait bien se trouver le bout du monde. La jolie jeune fille tendit son bras en lui disant « peut-être par là ». « Non, répondit-il, puisque la Terre est ronde, si tu marches tout droit en partant de là où tu es, le bout du monde, il est simplement derrière toi… là où je suis. » Ils ne se marièrent pas et n’eurent pas beaucoup d’enfants, par contre ils baisèrent toute la nuit, ce qui est bien mieux.
Tout cela pour vous dire que même si, malheureusement, nous ne vivrons pas assez vieux pour assister à l’entrée de l’Australie dans l’Europe, ou dans le nouveau nom qu’ils auront trouvé, c’est la logique des choses ! A l’heure d’Internet, de la mondialisation, nous sommes condamnés à être cosmopolites. Sarkozy n’est qu’un passéiste réactionnaire qui n’y entend rien, chers lecteurs, soyons sérieux ! N’entrons pas dans le deuxième millénaire par la porte de sortie, mais par le grand hall où les mélanges sont au rendez-vous !
A C
retour