LE COQ DES BRUYERES vendredi 7 juillet

 

AVIGNON.

Scandale l’an dernier dans la cité des pipes à cause que des comédiens se pavanaient nus sur scène…Moi qui suis passé par ce festival à deux reprises, je peux vous dire que je comprends fort bien ces saltimbanques, et pour deux raisons :
-Traverser la scène tout nu, je fais ça depuix trente ans sous le regard amusé des hommes et les yeux extasiés des femmes. Je le fais moins aujourd’hui, vu que l’amusement masculin a nettement dépassé en ampleur l’extase féminine. Apparaître nu devant mille à quinze cents personnes m’était une joie indicible, et l’espace de trois secondes, la jouissance était à son comble. Car l’éclat de rire jaillissant du parterre était grisant à souhait. Oh, ça ne durait pas, ça relevait moins d’un strip-tease que d’un flash, et ce n’en était que plus délicieux, car comme dit Voltaire : « Trop de plaisir, ce n’est plus du plaisir ».
-A Avignon en juillet, j’ai terriblement souffert de la chaleur. Au point d’en avoir des accès de mauvaise humeur, et de finir par détester cette cité pleine jusqu’à la gueule de gens qui marchaient comme des poissons dans l’eau. Seule oasis dans cette tempête de chaleur : le DOLPHIN BLUES, une péniche-théâtre qui nous accueuillit plusieurs fois. Il m’est arrive de la piloter, un jour de printemps 2OOI, et tout le monde s’en souvient encore dans le port d’Alger. Ne pas comprendre que des comédiens laissent tomber le costume pour évoluer sous cette canicule récurrente relève de l’abrutissement intellectuel propre à la moitié de la clientèle.

Un artiste belge, Jean Fabre, va,dit-on, jusqu’à faire pipi sur scène. Je ne vois là rien de choquant, à plus forte raison s’il urine sur le crâne des critiques du premier rang.

Qu’un critique de presse nage dans la pisse, c’est en quelque sorte un retour aux sources, non ?

Bref, comme d’hab’ beaucoup de bruit pour rien, tempête dans un dé à coudre, acné journalistique, remplissage de feuilles de chou. Ce que j’admire dans la presse, c’est son étonnante faculté à remplir jusqu’à cinquante pages avec du texte, tous les jours. Même si le texte est creux comme un creux de vague sur le lac Léman, faut tout de même les aligner, les mots, en des phrases correctement syntaxées. Faut passer du temps sur le clavier, avoir l’énergie suffisante pour ne rien dire en l’écrivant !

Avignon ? On peut tout dire là-dessus, et moi je dis que l’important, c’est le plaisir qu’on y glane au hasard du in, du off, et des rues. C’est la possibilité de nouer des contacts avec des Norvégiennes qui sucent, et rien que cela vaut le déplacement. C’est pour nos dames, l’occasion d’égarer
leur alliance de mariage dans le slip d’un danseur khirguize. C’est, pour les gastronomes qui ont de bonnes dents, le bonheur de croquer un croissant rassis à deux euros cinquante dans une brasserie qui a rignon sur pue.
Et d’avaler de l’eau claire déguisée en café noir.

Un seul reproche, si je puis me permettre : je dirai ceci, comme le disait Philippe Noiret avant-hier : « Même si le bémol que je mettrrais à cet optimisme, ce sont les marchands. Ceux qui louent trois fois leur espace dans la journée, à des prix souvent prohibitifs, à des compagnies qui n’ont que deux malheureuses heures pour glisser leur spectacle entre deux autres représentations… »

Bon juillet mes fines, et que vos seins charmants s’expriment au soleil des plages ! Rien de plus important à mes yeux pervers.


 
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