LE COQ DES BRUYERES mercredi 5 juillet

 

PAS BOUGER.
J’ai fait ces petits couplets ce matin, à l’usage des voyageurs frustrés…

En attendant d’él’ver des gosses
Qui mourront là où ils sont nés
Nous irons en voyag’ de noces
Dans la banlieue d’Aubervilliers
Pardon madame la marquise
Mais je n’ai pas assez de sous
Pour vous emmener à Venise
Et j’en suis désolé pour nous

Nous vivons ces temps imbéciles
Où dans la course du progrès
Nous devons rester immobiles
Enracinés comm’ des cyprès
Plantés autour du cimetière
Où 6O millions de pékins
Doiv’nt se serrer la ventrière
Pour s’offrir un voyage en train

C’est fini le temps des nomades
Chacun chez soi faut pas bouger
Finies les grandes escapades
Vers les pays qui font rêver
Si t’as pas le fric nécessaire
Reste chez toi faut pas bouger
Les pays lointains ma commère
Tu les as tous dans ta télé

On a mis les pieds sur la lune
Mais parfois vous rêvez tout haut
D’aller faire un tour à Pampelune
Y voir danser le fandango
Mais putain dans ma boîte aux lettres
Une facture inopinée
M’interdit de poser mes guêtres
Plus loin que le bout de mon nez

Avec ses réclam’s à la louche
La SNCF s’ingénie
A nous mettre l’eau à la bouche
Avec tous ses tarifs réduits
Seul’ment voilà faut avoir l’âge
Et ne pas se tromper de date
Si tu veux partir en voyage
Sans revenir la bourse plate

J’ai des pensées inavouables
En voyant l’homme de la rue
Se dépenser comme un beau diable
Mais ne pas bouger beaucoup plus
Que depuis l’homme des cavernes
A se demander en effet
Si les princes qui nous gouvernent
N’y trouvent pas quelque intérêt

Une planète qui voyage
Aux quatre coins de l’univers
Et qui engrange des images
Pour les longues soirées d’hiver
Ne deviendrait-ell’ pas moins conne
Qu’à rester devant sa télé
Où la bêtise nous cantonne
Dans le creux de nos canapés

Je dis peut-être des sottises
Mais, princes qui nous gouvernez,
Permettez qu’on aille à Venise
A des tarifs mieux étudiés
Et si l’un d’entre vous m’écoute
Il peut être ma foi certain
Que j’abandonnerai ma route
Afin de monter dans son train.

P.F.


 
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