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LE COQ DES BRUYERES mardi 4 juillet
MERCI MONSIEUR JEAN !
Voici ce qu’écrit Jean Cocteau à la page 23 de « Journal d’un inconnu » :
« Une salle payante ne préjuge pas, s’électrise coude à coude, s’ouvre toute grande, ne s’isole pas du spectacle comme le spectateur invité, lequel porte un uniforme imperméable à toute grâce ».
Bon, si maintenant Jean Cocteau se met à penser comme moi, c’est catastrophique, car, comme il a tout écrit avant que j’use du stylo, je vais passer pour un immonde plagiaire. Vous me direz qu’il vaut peut-être mieux imiter Cocteau que BHL, et vous aurez raison. Non point que je méprise BHL, mais mon esprit étroit fut toujours imperméable à la philosophie, excepté celle de Nietzsche, et encore n’ai-je pas tout compris, tout assimilé chez ce grand bonhomme qui aimait tant les bêtes au point d’en devenir humain.
A propos des critiques de théâtre, Sacha Guitry disait : « J’ai horreur de jouer devant des gens qui travaillent ». Belle pique, monsieur.
Berlioz écrivait : « Je ne lis jamais les critiques. Au-dessus de vingt lignes, je remercie ». Ouais, cool ! comme dit un de mes petits copains.
Fort de ces trois remarques Ô combien sensées et lucides, j’en suis toujours à me demander pourquoi les gens du spectacle s’entêtent à inviter des journaleux, critiques, et autres observateurs étrangers à l’émotion publique. On me dira que c’est pour faire de la pub alors écoutez-moi bien : pendant un quart de siècle, j’ai écumé les salles de France et de Navarre sans JAMAIS inviter un seul journaliste. Et disons-le tout net, sans inviter d’autres personnes que les jeunes femmes avec qui nous avions l’intention de nuiter car on n’attrape pas les nègres avec du vimouche. Les quelques rares scribouillards invités par quelques rares organisateurs nous ont, pendant 25 ans, laminés, vomis, au moyen de cette vanne récurrente : « Font et Val ? Des attardés de mai 68 ». C’était leur cheval de bataille, leur mot d’auteur, leur Austerlitz, à ces fins. Eh bien, croyez-vous que nous en eûmes à souffrir,de leurs critiques négatives ? Apparemment non, si j’en crois l’audience qui, chaque année, grossissait de cent à deux cents personnes.
Qu’avons-nous besoin de critiques ?
Oui, le copain qui vous fait des remarques, parce qu’il vous aime bien et qu’il aime vous voir progresser, mais c’est si rare, ça se compte sur le doigt du pouce !
Oui, le collègue qui monte en scène avec vous, et qui redoute de vous voir faiblir, et qui a de la peine si vous n’êtes pas très bon, mais c’est rare, maix ça existe, je pourrais citer des noms si je voulais parler de Daniel Gros, Jean-Michel Boris, Alain Bert, Béatrice Darmon, Martial et Anthony ( le bouffeur de madeleines )…
Mais de grâce, messieurs les directeurs de théâtres, laissez les artistes jouer, chanter, musiquer, sans réserver les places du premier rang à ces tireurs de gueules, ces gouttes de vinaigre, ces statues de l’île de Pâques…
Et laissez le public jouir loin de ces stalagmites !
Un jour, une certaine dame visiblement instruite des choses de ce beau monde se laissa aller à lâcher entre le café et la Bénédictine, sur le velours feutré d’un fauteuil de restau en vue :
« Hufff…Alors, que faut-il aller voir en ce moment ? »
Pardonnez-moi de me citer, mais la réponse jaillit, fusant de ma bouche :
-Ma bite, madame.
Désolé, mais si vous saviez le bien que ça fait !...
Lu sur un mur, tracé en gros au pinceau noir : « A BAS LE SPORT ! »
Encore un qui ne suit pas la Coupe du Monde avec toute l’attention requise.
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