Il y a des semaines plus difficiles que d’autres, quand on veut parler d’actualité, il faut se remettre en question et, je n’échappe pas à la règle. Pour traiter du sujet qui va suivre, il me faut vous avouer un secret infâme et déshonorant… et peut-être même pire. Bon, je me lance : j’ai voté OUI au référendum sur la Constitution européenne !
Aie, au secours, ne me jetez pas des pierres… pardonnez-moi, vous avez gagné, bravo à vous et mort à moi et à mon OUI d’élitiste-bourgeois-qui-croit-tout-savoir-sur-tout-mais-qui-sait-rien-sur-le-vrai-peuple !
J’ai voté OUI, mais j’ai pas fait exprès ! Ce n’est pas de ma faute ! Je suis innocent à 90 %, c’est la faute au FN et au PC, ils n’avaient pas qu’à être les descendants des deux grands totalitarismes du siècle dernier et être d’accord sur un même vote ! La tentation de leur dire MERDE était trop forte, j’avais la chance de voter contre les cocos et les fachos d’un coup et je n’ai pas su résister… pardon. L’argument n’est pas suffisant, je sais, je vais essayer de mieux faire.
Nous avons tous reçu dans nos boites aux lettres cette fameuse Constitution, écrite par Giscard (argument de haute voltige des défenseurs du NON), même si son nom ne figure pas à l’intérieur.
Armé d’un surligneur jaune, je commence à jaunir tous les passages que je trouvais douteux… au bout de la dixième trace de surligneur, je me suis dit que je devais voter NON car cette Europe ne me convenait pas ; puis, je me suis imaginé tous les Européens faire la même action que moi et j’ai compris instantanément qu’à ce rythme là, il n’y aurait jamais d’Europe. Donc j’ai voté OUI. Quand je parle d’Europe qui ne se fait pas, je ne veux en aucun cas faire remarquer que les communistes ont fondé une Europe qui se nomma l’Europe de l’Est et que ce n’était pas la joie tous les jours.
Il faut, chers lecteurs, comprendre la situation politique actuelle de l’Europe, l’admettre et faire avec. Notre Président est de droite, la grande majorité des chefs d’Etats européens sont des fervents capitalistes, la plupart des gouvernements sont au centre droit et les partis de « droites nationales » engluent les débats de Lisbonne à Tallinn (Estonie) ; ce qui me fait dire la lapalissade suivante : l’Europe n’est pas, à proprement parlé, un reperd de gauchistes libertaires ! C’est pourquoi, il ne faut pas s’étonner si la Constitution n’avait pas la gueule d’une correspondance entre Laguiller et Besancenot. La seule question qu’il faut se poser, à mon avis, c’est : veut-on oui ou non de l’Europe.
Il y eu deux sortes d’opposants au référendum, les gauchistes et les nationalistes. Il y aura sans doute un second projet, du moins espérons-le, mais les changements qui seront fait risquent de déplaire encore plus aux gauchistes d’Europe et, si la prochaine Constitution passe, ils se boufferont le drapeau rouge d’avoir dit NON à la précédente. Mais, comme dirait un type qui a le goût des formules bien faites, le passé c’est le passé, poil au nez.
Aujourd’hui, la gauche du NON à la possibilité de se regrouper et de « créer la surprise », pour reprendre l’expression de tous les journalistes de France info sport. De la LCR au PC en passant par les altermondialistes et la fondation Copernic, la gauche de la gauche de la gauche a, grâce à ce NON victorieux, la possibilité d’arriver soudé aux élections et de faire un « 21 avril » de gauche. Imaginé un second tour Ségolène et le représentant du NON, ou Sarko contre le NON. C’est fort possible vu l’engouement que provoquerait une association des nonistes. Et pour le plaisir du calembour vaseux, je transpose à l’hédoniste Michel Onfray, qui soutient une candidature unique du NON et qui faillit en être le représentant. Je suis un lecteur d’Onfray, j’ai savouré plusieurs de ses livres, et je le dis, j’aurais sans doute voté pour lui s’il était candidat. Onfray a appelé dans Libération (04/12) à l’Union de la gauche en demandant aux six prétendants de se réunir et de voter pour quelqu’un d’autre que leur bille pour se lancer ensemble dans l’aventure. L’idée est simple, limpide et part du principe que personne ne pourra remettre en question la personne choisie tandis qu’ils pourront le faire si ce sont les militants qui ne sont souvent pas encartés qui choisissent ; car le PC étant mieux organisé, il sera largement victorieux mais tout autant contesté. C’est pourquoi, les prétendants à la candidature essayent de faire comprendre à Buffet de ne pas se présenter pour ne pas donner l’impression qu’un grand parti politique a fait la synthèse des aspirations du NON.
Mais que ceux qui conchient cette nouvelle alliance se rassurent, la LCR ne se rangera pas derrière Buffet et c’est Buffet qui remportera les suffrages et qui, je le présume, ne se résoudra pas à jeter l’éponge au profit de l’Union. Seul la jolie Clémentine ou Yves Salesse pourrait donner à cette Union une impulsion forte et surtout empêcher la candidature de Besancenot. Mais les communistes sont des communistes, donc ils feront tout foirer pour donner un second souffle à leur parti qui n’en a plus. Les cocos sont à 3 % dans les sondages et ils savent que le PC mutera et disparaîtra s’il n’est pas présent officiellement aux élections. Mais la fin des cocos n’aura pas lieu, car ils ont cette force étonnante de faire capoter les rendez-vous avec l’Histoire. Ils ont, certes, l’opportunité de renverser le rapport de force avec le PS en créant un mouvement politique inédit, mais un bon communiste ne se renouvelle pas, il reste figé sur la gloire de l’URSS et j’en veux pour preuve des affiches, au moment du CPE, (sur lesquelles j’ai collé celles de mon spectacle avec Martial) où l’on pouvait admirer la faucille, le marteau et un homme brandissant le drapeau rouge dans la plus pure tradition soviétique, sur les murs de la faculté d’Aix-en-Provence.
Si Yves Salesse, de la fondation Copernic, était le candidat de cette Union, j’aurais peut-être eu quelques insomnies consacrées au choix qu’il me fallait faire… mais, grâce aux communistes, je vais passer de bonnes nuits en rêvant au corbillard du PC et certainement à son chant du signe pour 2007 ! Le NON va se disperser entre la LCR, le PC, peut-être un peu les Verts mais surtout et malheureusement vers l’abstentionnisme.
La jolie Clémentine Autain a déclaré « si on arrive pas à s’entendre, c’est qu’on est les rois des cons ». Ma chère Clémentine, j’admire cette vérité qui sera la tienne dans quelques jours… Ah ! Les communistes, s’ils n’existaient pas il aurait fallu les inv… non, s’ils n’existaient pas, en définitive, personne ne s’en saurait aperçu.
Anthony Casanova