Entretiens d’Outre-tombe

 

Avant-propos
Chers lecteurs, le Coq des bruyères est un journal satirique mais en aucun cas il ne souhaite dormir sur les lauriers qu’à juste titre vous lui dressez. Il faut le dire sans fausse modestie, la modestie est d’ailleurs toujours un peu douteuse, le Coq repousse pour vous les limites du journalisme d’investigation en donnant une leçon à ses Messieurs du Figaro, Télérama et autre Télé 7 jours. C’est ainsi que le Coq a décidé de remplir ses devoirs de journalisme en vous offrant de grands entretiens que lui seul peut obtenir.
Partant du principe élémentaire que c’est en comprenant le passé qu’on obtient une meilleure analyse du présent, voire du futur, le Coq donne, toutes les semaines, la parole aux grands personnages morts de l’Histoire de l’Humanité avec toute la déontologie qui fait défaut aux autres journaux.
Le Coq remercie tout particulièrement Joseph Allan Kok pour son dévouement et son courage.

Les Entretiens d’outre-tombe de Joseph Allan Kok
Pour fêter le retour de mes Entretiens d’Outre-tombe, je suis heureux de revenir avec un scoop. Même si l’actualité ne me donnait pas forcément l’occasion de m’entretenir avec lui, je ne pouvais me résoudre à laisser passer une telle occasion de converser avec le Général Augusto José Ramón Pinochet Ugarte. C’est le 10 décembre à 23H09, heure du New York que j’ai rencontré Augusto Pinochet. Un peu groggy, il m’accueille tout de même avec un certain plaisir, après quelques banalités, nous prenons place dans la chambre qu’il a dû trouver à la hâte, puis nous commençons.

Augusto Pinochet en quelques dates
1915 le 25 novembre : Augusto arrive au monde recouvert de merde, ce qui lui donne envie de faire une carrière militaire.
1973 le 11 septembre : Après sa prise de pouvoir, il dit au peuple de ne pas avoir peur car dans Pinochet, il y a hochet.
En 1988 : il organise un référendum pour savoir si le peuple veut toujours de lui… surprise c’est non à 53 %.
1998 le 16 octobre : Il est hospitalisé à Londres, mais ces traîtres d’Anglais l’ennuient avec des histoires de tortures.
2004 le 13 décembre : Le Chili lui retire son immunité pour l’accuser de vilaines choses.
2006 le 10 décembre : Augusto Pinochet meurt de rire en regardant Brazil de Terry Gilliam.

Joseph Allan Kok : Hello, vous avez bien dormi ?
Augusto Pinochet : Oui, merci !
J. A. K. : Merci à vous d’accorder ce scoop aux lecteurs du Coq des bruyères.
A. P. : C’est naturel, trêve d’obséquiosité et débutons.
Vous êtes l’un des derniers grands dictateurs…
Non ! Je vous arrête, je n’ai pas été condamné, je suis mort innocent.
Je ne peux pas dire que vous étiez un dictateur ?
Pourquoi vouloir ranger les hommes dans des cases ! Dictateur, Président, Roi, qu’importe ! Le tout c’est d’être aimé. Je suis, plutôt j’étais membre honoraire du Rotary International.
Certes, mais si vous n’aviez pas joué de votre état de santé, vous seriez mort en prison.
Comment osez-vous mettre en doute mon état de santé ? J’allais très mal, la preuve j’en suis mort !
Vous avez traîné ce cinéma durant 8 ans…
Ca c’est bien les journalistes, vous me décevez Kok. Où en étais-je ? Ah, oui. Je suis rentré à peine remis d’une intervention chirurgicale à Londres qu’on me colle des accusations douteuses ! J’ai mis plus de deux ans pour me tirer, putain de pays pluvieux !
Ils vous ont relâché parce que vous affirmiez être mourrant.
Je l’étais bordel !
Voyons Général ! A peine vous arriviez à l’aéroport de Santiago, c’était le 03 mars 2000 si mes souvenirs sont bons, que vous sortiez de votre fauteuil roulant pour marcher devant les caméras.
Je n’ai jamais aimé l’avion et j’avais mal au cul à l’atterrissage, j’ai le droit de me dégourdir les jambes saloperies de Dieu !
Pas quand on est sur le point de mourir ! Vous vouliez vous moquer de la justice Européenne.
Kok. Vous me voyez moi, un Général, me moquer de la justice ?
Oui.
Imaginez, imaginons que j’ai exagéré mon état de santé, vous pensez que je me serais levé de mon fauteuil uniquement pour faire comprendre à ces cons de juges de mes couilles qu’ils pouvaient, eux et leur putain de démocratie, aller se faire foutre ?
Imaginons que si ce n’était pas le cas, c’était bien imité.
Vous parlez à un innocent.
Et les milliers de disparus, ils sont où ?
Dans mon cul !
Voyons !
Mais enfin Kok ! Putain, s’ils ont disparu ces cons, c’est que personne ne sait où ils sont ! Pourquoi voulez vous que j’en sache plus que les autres ?
Simplement, parce qu’ils étaient des opposants politiques.
Vous appelez les contestataires des disparus ?
Oui.
Vous voulez dire que quand le juge me demandait où tous les mecs en photo se trouvaient, tous ces gens étaient des contestataires ?
Evidement…
Ah ah ah ah, merde ! J’avais pas compris ! Mais ils sont morts !
Vous avouez !
Bien sur, personne ne m’avait posé la question simplement, je les ai tous tué ou fait torturé pour en tuer d’autres !
C’est ce qu’on appelle un dictateur.
Quel dommage.
Quoi ?
J’aurais voulu vous connaître avant ma mort…
Pourquoi ?
Comme ça, j’aurais pu dire que je mourrai moins con ! Ah ah ah, elle est bonne, non ?
Oui. Il y a une question que je dois vous poser, pour Allende, la CIA vous a aidé ?
Un peu. Les USA surestimait l’URSS, ils avaient Cuba qui les inquiétait, et surtout, ils avaient peur qu’une vague rouge ensevelisse toute l’Amérique latine, comme aujourd’hui.
Allende ce n’était pas Castro…
Allez savoir, ils étaient très amis ! Les USA ne voulaient prendre aucun risque, et ils savaient que j’étais un homme de confiance.
Allende aussi pensait qu’on pouvait vous faire confiance, pourtant…
Que celui qui n’a jamais torturé m’envoie la première décharge électrique !
En janvier 2001, vous devez répondre d’une série de crimes commis pendant la dictature. La perspective d'un procès se rapproche, mais l'invocation de votre mauvais état de santé et la détérioration de vos facultés mentales liée à votre âge vous permettent, à nouveau, d'échapper à la justice. La cour d'appel de Santiago classe les poursuites engagées contre vous le 9 juillet 2001, décision confirmée une année plus tard par la Cour suprême, qui clôt définitivement ce dossier et pourtant…
Je vois où vous voulez en venir. Je m’explique, c’était le jour de mes 88 ans, j’étais un peu bourré et un journaliste d’une télévision privée de Miami vient me voir. C’était sous les conseils de ma salope de fille que j’ai rencontré ce trou du cul… et je lui ai dit mot pour mot : « Tout ce que j'ai fait je le ferais à nouveau, tout était réfléchi. Je ne suis pas un dictateur, je n'ai jamais voulu l'être. Les dictateurs finissent mal » et ces connards de juges et de familles de disparus qui étaient, si je vous écoute, des opposants, en concluent que je suis apte à être jugé et me voilà reparti pour 3 ans de galère !
Le 26 octobre 2006, la justice chilienne a ouvert une enquête sur l'existence de plus de 9 tonnes d'or en lingots à votre nom dans le coffre de la succursale de la banque HSBC à HongKong. Les dépôts d'or auraient été effectués entre juillet et novembre 1980.
La banque a déclaré ne pas être en possession des petits lingots. Les banquiers ne mentent pas ! Ah ah ah, bon, ok, j’ai peut-être déposé de quoi prendre une petite retraite, c’était comme une pension au cas où les choses tourneraient mal, pas de quoi en faire un drame. En plus, elles ont bien tourné, c’est la preuve que je ne suis pas un dictateur !
Castro va mourir, ça vous fait quoi ?
J’en m’en branle.
Pourquoi ?
Oui et non, pour dire vrai. En 1988, j’ai demandé à la population si elle voulait continuer à vivre sous un régime militaire, ils ont dit non, et comme j’avais plus ou moins assuré mes arrières, je me suis retiré doucement. Castro crèvera avec son régime et il sera considéré comme un dictateur.
Vous aussi !
Oui, mais c’est faux ! Je me suis soumis à la justice, malheureusement j’étais malade et je n’ai pas pu aller au bout de mon….
Inculpation…
Ou de mon amnistie ! Je suis accusé de quelques disparitions et de quelques…
« Excès » c’est votre manière d’appeler vos violations des Droits de l’Homme.
Des excès… j’ai souvent pinaillé, je suis un perfectionniste, voilà tout… mais je suis mort libre et je vous emmerde !
Avant de se quitter Monsieur Pinochet un petit questionnaire
Votre couleur préférée ?
Le blanc
Votre film préféré ?
Jurassic Park de Spielberg.
Votre livre préféré ?
Le Roi Lear de Shakespeare
Votre chanson préférée ?
El Condor Pasa de Simon et Garfunkel.
Quand vous voyez Dieu que lui dites-vous ?
Pas vu pas pris !
Merci, ce fut un plaisir.


Joseph Allan Kok pour le Coq des Bruyères

 


Général Augusto José Ramón Pinochet Ugarte

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