Le coq des bruyères hebdo... suite
N°23 année 2006
Edito

Les Diam’s de la Castafiore

Plusieurs informations cette semaine m’entraînent à vous parler d’une consternation personnelle. Les faits les voici :

Zidane dieu vivant en Algérie.
A Marseille six mineurs, de 13 à 15 ans, ont violé pendant deux mois une fillette de 13 ans en filmant leurs « exploits » sur leur téléphone.
Le bac littéraire n’intéresse plus personne.

J’ai lu, comme un peu tout le monde je le présume, la plupart des aventures de Tintin. Mais, je dois avouer que ce petit personnage m’emmerde au plus haut point. Hergé, dessinateur de talent, a créé un monde qui plaît « aux grands et aux petits ». Que les petits aiment Tintin c’est logique. Le dessin est souple, l’histoire n’est pas très compliquée et les personnages sont sympathiques : les enfants se régalent. Par contre quand les adultes aiment Tintin c’est pour deux raisons : la première ça leur rappelle leur enfance, la seconde, c’est qu’ils aiment bien tout ce qui ne les perturbe pas. Car le monde d’Hergé n’est qu’un ramassis de clichés : Le scientifique est fou, le marin est un ivrogne sympathique, les policiers sont stupides, il existe des sociétés secrètes qui organisent des complots, il y a le bien et le mal et, seul un reporter puceau donc pur, peut découvrir la vérité.
Mais le cliché qui m’intéresse aujourd’hui est celui de la chanteuse lyrique Bianca Castafiore. Que nous dit Hergé sur Bianca et sur l’opéra ? Bianca est snob, futile, bruyante comme la musique classique et, grosse, exubérante et narcissique comme toutes les divas. Elle casse les oreilles du gentil puceau Tintin et de l’éthylique marin, c'est-à-dire de tout le monde sauf les hypocrites. L’air que chante tout le temps la Castafiore est une partie du Faust de Gounod intitulé « l’air des bijoux ». Pour beaucoup de gens, la musique classique est à l’image du personnage d’Hergé… en gros pour eux, l’opéra c’est chiant. Parfois le cliché n’est pas dans un petit dessin mais dans la réalité, par exemple si Hergé avait voulu parler du rap plutôt que de l’opéra, il n’aurait pas eu de mal à trouver des clichés, rien qu’en prenant la « chanteuse » Diam’s. Il n’aurait rien eu à rajouter, car cette pauvre fille est un cliché à elle toute seule. Et comble du malheur, je me sens dans la peau de ce puceau de reporter qui est réfractaire et allergique à la « diva » du moment.

La télévision a, c’est inutile de le rappeler, une influence considérable sur la très grande majorité des gens. La télévision présente une image d’un politicien, d’un artiste et fait de lui un cliché. Quand on regarde la télé, nous sommes tous influencés, à différents niveaux, certes, mais il ne faut en aucun cas penser qu’on est immunisé contre le parti pris qu’elle prend. Bayrou est sympathique, Sarkozy est hyperactif, Ségolène est rassurante… la télévision met en évidence un aspect d’une personnalité et les conseillers en communication essayent de contrôler cet aspect, cette image.
Zidane a traversé l’Algérie à la manière du Christ traversant Jérusalem, il a lui-même qualifié son voyage de « pèlerinage ». Accueilli comme un roi, apportant la promesse, dans le village d’origine de son grand-père, d’apporter de l’eau potable… sous l’œil vigilant du bon président Algérien et de la foule qui se raccroche à ce sportif pour rêver un peu. Zidane est un dieu pour ces gens, le président Algérien le sait et en profite pour se voir légitimer par le héros. Imaginez un instant que Zidane condamne les islamistes, qu’il dénonce les travers de Bouteflika ; ce serait une petite révolution et cet « homme d’honneur » selon Bouteflika, deviendrait un simple sportif Français aux yeux de cette vérole, mais pour le peuple se serait un « message », mais il n’en est rien. Zidane préfère cautionner l’homme qui est responsable de la misère de tout un pays car il ne fait pas (officiellement) de politique ! Zidane n’est vraiment qu’un pauvre type.

Le danger d’une telle médiatisation et surtout d’une telle idolâtrie largement reliée par la télévision, nous amène à nous questionner sur le pouvoir malsain qu’exerce consciemment ou inconsciemment une célébrité. Moins internationale que le sportif de mes fesses, la chanteuse Diam’s est devenue la « bonne parole » des adolescentes. Diam’s parle de politique, d’amour et d’amour et d’amour et d’amour jusqu’à l’écœurement.
Diam’s est l’archétype de la « jeune dans le vent », elle est à la mode, elle a du « style », elle est en tête du Top 50 et elle vient de la banlieue ; c’est dire si c’est un modèle pour tout le monde. Pourrait-on en conclure qu’elle est moderne ? Non, bien au contraire, car être à la « page » n’assure pas la modernité. Quand Diam’s chante « l’amour », ce n’est pas un amour moderne, c’est l’amour de mon arrière-grand-mère perdu dans je ne sais quel village paumé attendant une vendetta pour s’amuser un peu !
Je suis tombé sur la dernière « chanson » de la « chanteuse » où, elle nous raconte la vie de sa copine « trompée » par son mec et de la scène de jalousie que la bonne fée Diam’s va accomplir : elle va casser la voiture du bonhomme. Il n’y a que des clichés : la pureté de l’homme fidèle, la pétasse qui couche avec l’homme de sa copine, la voiture symbole du paraître et de l’affirmation de soi que l’on doit détruire pour qu’il « paye ».
Dans la « chanson », Diam’s et sa copine vont surprendre le mec et sa « pétasse » dans un hôtel. Elles entrent dans la chambre et Diam’s parle à la fille (appelée la chienne dans la chanson) qui couche avec le mec de son amie : « Si tu veux parler d’abord rhabille toi… t’as pas d’honneur, t’as pas honte de toi ? ». Finalement les deux furies s’en vont et on apprend que Diam’s est heureuse parce qu’elle a « presque la bague au doigt », mais voilà, elle aussi découvrira qu’elle est cocue et c’est terrible car les hommes sont des vilains vicelards.
Il est inquiétant de savoir que cette CONNE de Diam’s est l’idole des jeunes, et ne venez pas me reprocher de dire que c’est une conne, sinon je vous dirai que c’est plutôt une connasse. Donc, l’idole des pisseuses donne sa définition des femmes : ou tu es « pure, droite » et tu attends « la bague au doigt » sinon, tu es une « chienne sans honneur » et si tu « veux parler » il faut le faire habillée. Les adorateurs du voile vont être heureux de savoir que leurs filles écoutent une « chanteuse rebelle » qui pense que les filles ne sont respectables qu’habillées. Les artistes ont un pouvoir et Diam’s s’en sert pour poser les bases du « respect » et de la droiture à nos chères adolescentes : ou pute ou soumise.

A Marseille une gamine de 13 ans à eu un rapport sexuel avec un autre gosse qui a filmé « l’action » avec son téléphone. Menaçant de montrer la vidéo à tout le monde, il a contraint la gamine à coucher avec cinq de ses amis pendant deux moins jusqu’à ce qu’une pionne découvre la vidéo sur un des portables. Si la gamine est admiratrice de Diam’s, elle n’a pu qu’admettre qu’après avoir fait la « chienne » une fois, elle n’était plus respectable et qu’elle s’était déshonorée. Pour sauver son honneur, il ne lui restait plus qu’à se soumettre aux ordres qui n’étaient qu’une légitime humiliation. Tous ces artistes de merdes qui font de la sexualité une lutte de pouvoir et une manière d’acquérir ou de perdre un « respect » me dégoûtent ! Ce n’est pas croyable qu’en France au XXIème siècle, nos « artistes rebelles » ressemblent à ce point à une page de la Bible !
La société est influencée par ses artistes, artistes qui révolutionnent, qui innovent, qui bouleversent les conventions. Mais la France, de Claude François à Diam’s, n’a pour horizon artistique que des conservateurs qui reflètent la médiocrité intellectuelle dans laquelle ils prospèrent. Les artistes qui se contentent de n’être que des palliatifs du silence sont comme ces journaux gratuits qui font de l’information un passe-temps entre deux lignes de métro. Comment voulez-vous reprocher la violence qu’il peut y avoir dans une société si ceux qui servent de « guide » aux jeunes ne sont que des mises au goût du jour des idées les plus réactionnaires ! Zidane et Diam’s sont les idoles et les modèles des cours de récréation et il n’y a pas de quoi s’en réjouir.
Diam’s et Zidane règlent leurs problèmes par la violence, parce qu’il faut respecter ceci et pas dire du mal de cela…. Ils sont les exemples de la belle réussite sociale et donnent la preuve que « pour y arriver il faut se battre (Diam’s et Zidane on dit la même phrase) ».
Je vous rassure que pour sortir de tels poncifs en pensant nous donner les clefs de la vérité, il faut éviter à tout prix les filières Littéraires au lycée.
Vous connaissez la filière qui est en plein boum ? Celle du Sport. Saperlipopette n’est-ce pas ?

Anthony Casanova.

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