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23ème semaine 2006
  Les auteurs réunis
     
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LE COQ DES BRUYERES lundi 12 juin

 

Cannes, 10 juin.

Ben oui, j’ai fini par y aller, sur la CROISETTE.
Invité au festival « Performances d’acteurs », par ses responsables, dont la gentillesse n’a d’égale que la générosité. Savoir que l’on n’est pas mort est assez revigorant, comme disait Jésus, trois jours après sa cucifixion.
J’ai pu jouer les milliardaires pendant 4 jours, le long d’une côte d’Azur qui ne m’a jamais excité, parce que les propriétaires de yachts ne m’ont jamais invité à leurs parties fines sous le champagne et la lune. Jamais un riche ne m’a fait l’honneur de sa riche propriété, en me disant : « Vous êtes ici chez vous, vous pouvez plonger dans mes filles et enfiler la piscine, whisky ? »
Du premier coup d’œil, les riches doivent juger que je ne fais pas partie de leur monde, et c’était pareil dans les années quarante, au Vésinet où je naquis, jamais une famille de riches ne m’accueillit aux heures des repas, jamais un riche ne me passa la main dans les cheveux, heureusement qu’il y avait les filles et les fils de riches pour m’inviter à jouer au docteur sous les hortensias et les hibiscus à queues raides…
Je dois avoir une gueule de médecin de campagne.
Bref, logé dans un 4 étoiles et nourri nsur la plage du Beach, entouré de mes vieux potes du spectacle dont le roi est Daniel Gros, j’ai, durant ces quatre jours, vu des humoristes qui m’ont laissé les genoux en flanelle :
François Morel et ses chansons en forme de vitamine C, Pierre Aucaigne le clown agité des tifs aux orteils, Chraz en paysan de 2O18 à te faire crever de rire comme jamais, Christophe Alévêque que nous connaissons bien et que nous sommes ravis de revoir, Jackie Berroyer qui n’apppuie sur aucun gag et glisse comme un cormoran sur les vagues d’un humour très personnel, Florence Foresti sans la télé, petite bonne femme très observatrice à mon avis, Roland Magdane déguisé en fou dans un asile…
Et Didier Porte, quen nous connaissons aussi depuis longtemps.
Dix ans que je n’avais pas vu ça, et figurez-vous qu’en dix ans ils ont tant progressé que je me dis aujourd’hui, au moment de quitter Cannes avec des éclats de rires plein la tête, qu’il va falloir s’atteler sec au travail pour se maintenir à flots.
J’avais le choix entre la jalousie et l’enthousiasme, j’ai choisi la deuxième voie. Suivant ce proverbe américain qui dit : « Il y a toujours quelqu’un quelque part dans le monde qui fait mieux que toi, avec moins de moyens ».
De quoi t’inciter à la modestie, qui ne court pas les rues du monde du spectacle.
Merci les copains, et encore bravo, bravo, bravo !
Pat.


 
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LE COQ DES BRUYERES mardi 13 juin

 

C’EST TRES DROLE !!!
Nous vivons une époque de rêve, si j’en crois la radio et la télé. Une époque d’euphorie permanente, de félicité récurrente, d’hilarité puissante et sans cesse regonflée par nos journalistes, animateurs, chroniqueurs, acteurs, etc…Et tout ce qui marine derrière les micros.
Qu’est-ce que que ?
Ben voilà : il est devenu difficile de supporter une heure d’émissions sans entendre l’une ou l’autre s’esclaffer, je cite : « Alors c’est très drôle, parce qu’à un moment donné on voit un pasteur traverser la rue, et arriver sur le trottoir d’en face !!! »
Il faudrait y mettre le ton, mais vous voyez certainement ce que je veux dire. C’est très drôle. J’entends toutà-l’heure à France-Inter l’assistante de Stéphane BERN s’exclamer : « Alors c’est très drôle, parce que le père et le fils sont tous les deux tooneliers !!! » Cétait certainement cocasse, mais TRES drôle…On entend souvent dire du dernier film de Serge Pimpinian ou Choka Rémonu : « Et en plus c’est très drôle, parce que tout se passe dans une épicerie fine, avec deux clientes norvégiennes !!! » Bon, j’invente, mais pas assez. C’est très drôle. Voilà qui part d’un bon sentiment chez celui ou celle qui trouve ça très drôle, mais le problème, c’est que si tu te laisses aller à voir le film en question, ou la pièce de théâtre, tu as neuf chances sur dix, premièrement, de te faire chier comme une moule échouée sur la place de la Concorde, et deuxièmement, de ne jamais trouver ça très drôle, mais bien au contraire, de trouver ça déprimant. Je ne citerai aucun titre, puisque je milite pour la suppression des critiques de spectacles, parasites fixés sur la peau des artistes, et à qui j’ai toujours envie de dire deux choses :
-On ne massacre pas en cinq minutes un travail de cinq ans.
-Si t’as pas aimé ça, n’en dégoûtes pas les autres !
- Ton opinion, je m’en branle à quatre mains, coco !
Merde, ça fait trois choses…
Bon, disons que c’est un petit cadeau, et ne me dites pas que c’est très drôle.

BAC PHILO. « Vérité et bonheur. »
Si je peux mettre mon grain de sel, je dirai que le bonheur, c’est une bonne pipe, et que la vérité, c’est le bonheur.

FOOTBALL.
Bon, y’en a marre de ces hostilités entre pro-foot et anti-foot. Bordel, vous devriez constituer deux équipes de onze joueurs chacune, une équipe de pro et une équipe d’anti.
Et puis vous lancer dans un match amical, et basta.
On sait qui gagnerait, et c’est ça qui est très drôle ! mais là, vraiment drôle, car les antis se prendraient grosso modo 320 buts dans les cages, tandis que les pro ne subiraient rien. Tout le monde se fendrait la gueule, les anti, les pro, et tous les supporters. Non ? Ah ouais, moi je crois. De plus, le gardien de buts des pro, inactif pendant 90 minutes, pourrait apporter de la lecture, et deviendrait un peu plus intelligent, ce qui lui éviterait de faire de la pub pour Macdo.
Bon, moi, ce que j’en dis…


 
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LE COQ DES BRUYERES mercredi 14 juin

 

DES BUTS !
Cher monsieur Domenech, je n’avais pas jusqu’ici le plaisir de vous connaître, mais seulement d’entendre parler de vous en des termes, il faut le dire, pas toujours à votre avantage. Mais comme je ne porte jamais d’appréciation sans être allé sur le terrain, comme ces antiaméricains qui n’ont jamais dépassé la poste de leur bled, j’ai attendu de vous voir, hier soir, en marge du match France-Suisse.
Et hier soir, j’ai vu que vous aviez une bonne tête, mais que le reste ne suivait pas.
Au journaliste qui vous disait que, malgré le match nul, c’était tout de même un beau match, nous avez dit ceci, en substance :
-Ce qui compte, c’est de marquer des buts.
Vous auriez eu une tête de con, j’aurais pensé c’est normal, mais comme vous avez une bonne tête, ça m’a contrarié. Et, en contrepoint de ce que vous disiez, j’ai cru entendre Albert Jacquard vitupérer l’esprit de compétition qui fait du sport une vulgaire rixe de pochetrons énervés par la défaite.
Certes, quand on se trouve face à un adversaire, on a du plaisir à gagner, mais, est-ce vraiment ce qui compte ?
Réflexion faite, oui.
Ce qui compte.
Car ce qui compte, c’est la caisse à pognon qui se nourrit du sport de compétition. On ne gagne pas seulement un match, on gagne des milliards.
Il n’était que de voir, à la mi-temps, ces pubs que je qualifierai « de merde » et qui, toutes, s’appuyaient sur la coupe du monde pour vanter leurs scories. Et, je regrettais l’absence d’une pub sur le cassoulet qui dirait à peu près ceci « Avec le cassoulet CASSEGRAIN, pétons comme les Bleus ! »
Ou encore : « Le préservatif VASELIN glisse dans la chatte comme le ballon sur la pelouse ! »
Là, on eût pu rire grassement, au lieu que tous ces spots suent l’ennui, donc le flouze.
Marquer des buts, c’est en définitive valoriser la marque du produit imprimé sur les maillots. Vous me direz que je suis en train de découvrir le fil à couper le beurre, c’est vrai, mais il est vrai aussi que jamais, comme hier, je n’ai touché la vérité sportive d’aussi près.
« Ce qui compte, c’est de marquer des buts »…
Ne pensez-vous pas, cher monsieur Domenech, que ce qui compte, c’est la beauté d’un mollet qui travaille le ballon pour l’offrir à son copain, lequel réceptionne gracieusement l’astre rond pour orienter sa course vers les cages de l’adversaire, afin de l’y introduire sur un léger pas de danse, pour le plus grand bonheur de nos yeux épatés par tant de savoir-faire ?
Je suis certain, certain, que vous pensez comme moi.
Mais, le dire, comme ça, en direct à la télé, ne serait peut-être pas du goût des financiers du stade ? Des gros culs de la finance, qui tirent mieux sur le cigare que sur le ballon ?
Des groufions adipeux qui comptent les points pour mieux compter les cotations en Bourse ?
J’arrête-là, sinon je vais devenir malpoli.

« Sir Elton John arrivera d’Angleterre cet après-midi en jet privé avec ses cinq musiciens et son mari David Furnish », peut-on lire dans LE PARISIEN d’aujourd’hui.
Tu vois ça il y a vingt ans dans la presse ?…
Tu vois ça, du temps où les homos se faisiaent claquer le beigneur par les brutes de l’ordre moral, blousons noirs compris ?
Elton John et son mari. C’est-y pas mignon à lire, dans une presse généralement sinistre et dans un monde hostile à l’amour ?
Allez, encore un effort, et on lira peut-être un jour dans le Figaro-Madame : « Monseigneur Vingt-trois arrivera du Vatican en jet privé avec ses quinze folles et ses quatre gouines ».
Soyons optimistes mes sœurs, l’amour vaincra !
Et sus aux cons et vive la vie !


 
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LE COQ DES BRUYERES jeudi 15 juin

 

Les jeudis d’Anthony


Hexagone

« Passe ton bac d’abord et après on verra ! » Merveilleuse phrase qui se transmet de génération en génération. Le baccalauréat c’est le passeport du lycéen. Cette semaine les fiers anciens combattants du CPE vont réfléchir, transpirer, copier… pour décrocher le bac et comme d’habitude, tout commence par la philosophie, cette année la vérité et le bonheur… Les futurs étudiants vont essayer d’avoir des diplômes de plus en plus prestigieux qui relègueront leur pauvre bac à l’obtention d’une carte jeune, puis ils partiront à la recherche d’un boulot, bonne nouvelle pour ces jeunes gens : l’armée et la police recrutent ! Ca c’est un boulot d’avenir, il était temps que le ministère de le Défense et celui de l’Intérieur écrasent l’Education nationale à qui on supprime 8 700 postes et c’est bien fait pour sa gueule.

Un proche conseiller de notre cher premier ministre explique l’une des raisons de ces suppressions de postes « à elle seule, la baisse du nombre d'élèves liée à l'évolution démographique justifie 1 800 suppressions de postes » c’est beau, non ? L’évolution démographique ça laisse rêveur. Je les imagine à Matignon analysant scrupuleusement la démographie française pour conclure : Y’a trop de profs ! L’évolution démographique, pauvre ignorant que je suis, je n’y avais jamais pensé. Dire que je fustigeais les classes surchargées, le remplacement du prof de français par le prof de math, l’embauche dans les zones difficiles de "profs" non qualifiés et souvent incompétents tout ça, disais-je avant de connaître « l’évolution démographique », pour chaque année supprimer des postes au CAPES et couler le système éducatif. Je pensais qu’il n’y avait jamais assez de profs mais comme je le dis, j’ignorais « l’évolution démographique » et je m’en excuse platement… évidement « l’évolution démographique » n’obstrue en rien la création de postes au ministère de l’Intérieur qui bénéficie de la quasi-totalité des 4 000 créations de postes dans la fonction publique ; et notons que son budget est en hausse de 3,8 % après les hussards de la république voici le temps des hussards de la sécurité. Lycéen, à vos stylos, feu !

Le sauveur est arrivé ! Ouvrez les bras à José Bové il sera peut-être le candidat du PCF, de la LCR, d’une partie des Verts et des altermondialistes ! Je vais donc devoir voter PS au premier tour.
Comprenez moi, je ne peux me résoudre à voter pour un communiste ou pour les démagogues de « la gauche de la gauche », si les Verts se présentent avec leur propre candidat je voterai pour eux sinon ce sera socialiste.
A ce propos, j’ai de plus en plus de sympathie pour Hollande. Il est intègre, responsable et surtout il est harcelé par des questions sur sa vie privée, son couple… on sent les journalistes afficher leurs frustrations de ne pas travailler pour Voici, ils attendent avec impatience une rupture avec Ségolène, ils sont ridicules. Hollande a une conjointe qu’il laisse travailler, ils ne sont pas mariés, ils ont des gosses, ils ont l’air libre et moderne et ça dérange les garants de l’Ordre moral, ni Ségolène ni François ne considère l’autre comme son faire-valoir et les journalistes ne l’acceptent pas. Lors de l’une des émissions du Bar des vieux cons réalisée par l’homme qui joue de la basse sur le corps des femmes Denis Zavarise, j’ai plaisanté en disant que si Royale devenait Présidente de la république, Hollande serait première dame de France. En disant cela, ce n’est pas la virilité d’Hollande que je visais mais le rôle absurde de potiche de la République tenue à l’heure actuelle par Bernadette.
Le PS lors du référendum sur la Constitution Européenne, a demandé aux militants de voter pour savoir quelle serait la position des socialistes. Les militants ont voté OUI. Hollande a donc défendu l’Europe. Fabius pour devenir calife a décidé de torpiller le PS à coup de démagogie. Voyez-vous, j’aime les gens responsable et j’ai horreur des girouettes, je voterai Verts au premier tour sauf si Hollande est choisi.

Sans frontière

Que le monde est beau, dommage qu’il soit peuplé de cons. Je vais tenter de prévoir l’actualité du monde de la semaine prochaine à la manière de l’AFP : Bush visite la prison de Guantanamo pour s’assurer de des bonnes conditions de détention. Nombreux attentats en Irak qui fragilisent encore plus le gouvernement. Au proche Orient, les affrontements entre le Hamas et les groupes et forces fidèles au président palestinien Mahmoud Abbas se multiplient, la guerre civile est à craindre. Nouvelles provocation de l’Iran, l’Europe cherche des solutions pour stopper la crise internationale. En Allemagne quelques problèmes avec les hooligans. Fidel Castro est mort (on peut rêver) les cons et les communistes le pleurent par centaines.

Médias

Libération va peut-être connaître le départ de Serge July. L’ancien maoïste July qui a fourgué son journal à Monsieur Edouard de Rothschild a reçu mardi 13 juin la proposition de quitter le journal. « Si mon départ peut favoriser le refinancement du journal [par l'actionnaire principal], je n'y ferai pas obstacle » a déclaré July. Evidement on a envie de dire à Serge July « bien fait pour ta gueule ! » mais, que va-t-il nous rester comme quotidien ? Le Monde ? Le Figaro ? L’Humanité ? Stop, je vais vomir. Libé, malgré de trop nombreux défauts reste le quotidien français de référence et la crise qu’il traverse ne peut qu’avoir des répercussions sur d’autres journaux. La liberté de la presse est mise à mal et même si je préfère de loin la lecture du Canard enchaîné et de Charlie Hebdo la France doit garder un quotidien de gauche indépendant. Bien sûr l’indépendance de Libé a pris un coup depuis l’arrivé de Rothschild et bien avant cela de la publicité, mais Libé reste garant d’une certaine presse qui donne le peu de matière et d’info des journaux télévisés qui restent malheureusement le premier moyen d’information des français. Supprimons la télé certes, mais auparavant sauvons la lecture !

Nombril

Patrick Font vient de passer quelques jours dans la ville où il y a très peu de temps, une horde de pingouins attendaient anxieux le nom des lauréats de la palme, du masque et du tuba d’or. Mais c’est pour un festival d’humour que Patrick a quitté la Hte Savoie pour la Croisette. Je suis certain de la qualité du spectacle de Daniel Gros, parce que ce type ne peut faire que de la qualité. J’aime beaucoup Didier Porte que j’écoute le plus souvent possible sur France Inter (vers midi et quart le lundi et le vendredi), et j’ai hâte de voir son spectacle. Comment ne pas apprécier le génial Berroyer qui joue un spectacle au nom délicieux : Ma vie de jeune fille ?
Pour le reste je ne me prononce pas ou pas encore. Car au contraire de Patrick j’adore la critique, mais je suis d’accord avec lui quand il dit qu’« on ne massacre pas en cinq minutes un travail de cinq ans ». Mais Patrick, avouez que certains de ces travaux de cinq ans ont 4 ans 11 mois 30 jours 23 heures et 55 minutes de trop !
Par exemple, au hasard, le film Camping qui est un film agricole tant il est proche du navet. J’embrasse Thierry Rocher au passage qui doit penser que je suis de mauvaise foi. Et quand vous dîtes « si t’as pas aimé ça, n’en dégoûte pas les autres », je vous assure que c’est souvent de la non-assistance à public en danger que de ne pas leur dire qu’il vaut mieux regarder Camping en s’assurant un accès rapide aux toilettes. J’ai d’autres artistes ou film en tête que je ne cite pas pour mieux le faire dans une prochaine chronique. Un artiste donne son avis sur le monde, la politique, les rapports amoureux ou humains… pour quelles raisons on ne pourrait pas donner un avis qui n’engage que nous sur l’artiste ? Sont-ils exempts de toutes critiques ? Les gens de bonne foi diront que je n’aime rien et que je critique tout. Ils ont raison, mais c’est de la faute aux artistes qui m’ont ébloui.

J’ai découvert Brassens, à l’âge où d’autres passent le bac. Je passais un diplôme pour être animateur dans des camps de vacance. En ce temps là, je jouais beaucoup de guitare et je connaissais assez d’accords pour faire sourire les jeunes filles en fleur. J’avais réussi assez vite, dès le premier jour, à séduire une jolie fille un peu plus âgée que moi qui passait ce même diplôme. Elle était un peu délurée, un petit peu provocante et en m’avouant qu’elle était un peu lesbienne, disons-le avec honnêteté, je tombais amoureux aussi sec. Eve, c’est son prénom, lors du troisième jour de notre romance me parla de ses goûts musicaux et en particulier d’une chanson de Brassens qu’elle plaçait au-dessus de tout : Pauvre Martin. Elle me lança ce genre de défit qui font que les hommes décrochent la lune, en m’assurant un très jolie cadeau si je parvenais à la lui jouer avant qu’on aille se coucher… A partir de cette nuit, j’ai aimé Georges Brassens avec frénésie et j’ai remercié ma guitare de m’offrir tant de bonheurs.
J’ai lu, relu, étudié les rimes de toutes les chansons de Brassens pour essayer de comprendre la construction d’une chanson. J’écrivais des chansons qui étaient de très mauvaises copies de ses chansons, mais il faut bien commencer…

Je suis rentré deux ans plus tard en faculté et étant très politisé, j’ai commencé à lire Charlie Hebdo toutes les semaines. J’ai découvert la pertinence et l’intelligence des éditos de Philippe Val et je languissais les mercredis pour retrouver mes "amis" de lecture. Cela faisait plusieurs mois que je dévorais Charlie et j’apprends un jour en ouvrant Charlie que Val chantera le mois suivant à Marseille. Je décide de partir le voir en concert, tant pis pour les cours, ils peuvent attendre !
Le concert fut à l’image de ses éditos : pertinent drôle et subtile. J’ai acheté les deux disques qu’il vendait et je suis sorti de la salle avec l’impression d’être un plus intelligent qu’en entrant, quel pied !
Quelque temps plus tard, j’apprend que Val faisait parti d’un duo nommé Font & Val, j’ai cherché pendant des mois pour trouver un disque, une chanson ! Rien, Internet n’était pas aussi répandu qu’aujourd’hui et mes recherches s’avéraient vaines. Tous les étés, je travaillais dans une bibliothèque et en fouillant dans des vieux cartons, j’ai découvert deux cassettes de Font & Val : Ils finiront sur l’échafaud et Messieurs plus / A l’Olympia c’était la collection 20 ans de finesse. Je suis resté scotché ! En écoutant Le premier de la classe puis La vielle je jubilais ! L’euphorie et le plaisir qui vous saisissent quand vous découvrez un trésor qui semble ignoré de tous… c’est prodigieux ! Vous vous sentez privilégiés, seul au monde !
Font & Val ont bouleversé ma façon d’écrire, ma vision du monde… la joie de vivre, la subtilité des chansons de Patrick et Philippe m’ont fait mettre toutes mes chansons à la poubelle ! Humour et poésie l’œuvre de Font & Val n’est qu’une insulte à la platitude, c’est un vent de liberté ! Et puis, je dois à une des chansons de Patrick, Au dessous de la ceinture pour ne pas la nommée, des nuits inoubliables ! J’ai chanté cette chanson à je ne sais combien de filles ! Faites moi confiance, une fille ne regarde pas de la même manière un homme qui lui joue Jeux interdits qu’un mec qui lui chante en la regardant dans les yeux Au dessous de la ceinture ! Et le type ne passe pas la même nuit ! Je dois à Patrick tellement de souvenirs de ce genre que je lui suis éternellement redevable !

Alors oui, je me permets de critiquer les soi-disant comiques qui vivent dans Télé 7 Jours, les films à la con qui polluent les cinémas, les chansons inaudibles des Raphaël, Pagny, Hallyday… et autres pompes à merde. J’aime la critique comme la tarte aux pommes… quand elle est bien faite. Le (bon) critique n’a qu’un défaut : la sincérité.



 
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LE COQ DES BRUYERES vendredi 16 juin

 


QUE D’EAU !


D’acccord, il y a beaucoup de misère dans le monde et je ne devrais pas vous parler de ce qui suit, mais bon.
Mais bon, comme on dit quand on n’a pas d’arguments.
Vous n’ignorez pas que quand on fait couler de l’eau, on a envie de faire pipi.
Je vous ai prévenus, cette nouvelle n’est pas un scoop. Et je comprendrais que vous passiez à d’autres occupations.
Mais donc, quand l’eau coule, une pulsion se produit au niveau de la vessie, et l’on pisse.
Là où ça se complique, c’est quand on n’a vraiment pas envie d’aller aux toilettes, parce qu’on est branché sur un centre d’intérêt qui supporte mal le mouvement jusqu’aux édicules.
Cet après-midi, je suis allé voir POSEIDON .
C’est l’histoire d’un gros bateau de croisière submergé par une vague de 3O mètres, et qui se retourne, et qui prend l’eau de partout, avec des fuites partout, des geisers de flotte qui jaillissent de toutes parts, sans arrêt pendant Ih 45 mn.
Pas une seconde sans que ça baigne dans la flotte agitée par des courants hyper rapides, avec des apnées, des noyades, des brasses coulées, des coulées sans brasses, des remontées en surface, des plongeons héroïques…
J’étais au deuxième rang, comme d’habitude, car j’aime bien être dans le film, sans voir des têtes devant moi, loin des commentaires et des papiers de bonbons froissés, loin des mâchoires qui croquent du caramel de pop-corn, bref, loin de la masse qui, se croyant toujours devant son poste de télé, cause à voix haute.
J’ai uriné onze fois.

RAYMOND DEVOS a fait son dernier salut.
On se connaissait bien, chaque fois qu’on se croisait au restau, il me flanquait une grosse bourrade dans l’omoplate, et me disait : « Ah, Patrick, faut qu’on bouffe ensemble un de ces soirs ! »
Il m’a dit ça pendant trente ans, et je n’eus jamais ce plaisir, ce gros Belge ayant la fibre marseillaise.
C’était un clown, un vrai, doué d’une forte présence, et patati et patata comme disent les journalistes qui savent si bien pleurer derrière les corbillards.
A l’heure où j’écris ces lignes, Chirac n’a pas encore prononcé sa phrase historique, mais ça ne saurait tarder, et j’attends. Car je ne rate jamais les réactions du président lorsqu’un artiste nous quitte, heureux sans doute de s’évader d’un pays éclairé par une telle lampe à huile.

Aux journalistes qui annoncent la mort de Raymond, je me permets de répondre qu’un artiste ne meurt jamais. Cel dit, la télé fera-t-elle revivre Devos autant de fois qu’elle exhume Claude François ? Vous me direz que Claude était plus drôle que Raymond. C’est vrai, son déhanchement m’a toujours fait hurler de rire, ainsi que les quatre radasses qui s’énervaient La croupe derrière lui. Mais ne soyons pas méchants : quand une chorégraphie parvient à faire oublier le texte de la chanson, c’est un moindre mal.

POURQUOI les habitants des Pyrénées sont hostiles à l’ours. Parce qu’ils sont d’une génération qui, tous les soirs, regardait « Bonne nuit les petits » à la télé. Et Gros nounours, pour eux, ça voulait dire « va te coucher ». D’où le ressentiment à l’égard de l’ours.
Le psychologue des auteurs réunis, Josselin de la Sèche.

UN FILM ; « MARIE-ANTOINETTE ». Ben, si on avait une reine comme ça au lieu de ce qu’on a à l’Elysée, je ne risquerais pas d’être Sans-culotte, ou alors si, mais pas un sens révolutionnaire. Madame Kirsten Durst, vous êtes si jolie que j’ai eu envie de m’appeler Alex de Fersen pendant deux heures, et d’emménager à Versailles dans la chambre qui jouxtait la vôtre. Dans cet arc-en-ciel de féeries qui auréolait votre jeune beauté, ces torrents de pâtisseries et autres douceurs qui défilaient sous mon nez, je me disais tout de même qu’une grande partie du peuple courait après des croûtons rassis. Et je soupçonne Sofia Coppola d’avoir souligné la pauvreté du populo en forçant le trait sur l’opulence d’une royauté décadente. Tout ce sucre, toute cette chantilly, ça révolte. On ne refait pas l’histoire, majesté, mais si, du haut du balcon de Versailles, vous vous étiez plus souvent penchée sur les Misérables, peut-être que cette si jolie tête n’eût point valsé sous la guillotine…Un très beau film, à mon goût. Quant à la dernière image, elle résume à elle seule tout l’esprit de la Révolution.
Enfin, ce que j’ai apprécié entre autre dans Marie-Antoinette, c’est qu’exceptés les bassins de Versailles, il y a moins de flotte que dans Poséidon.
Ekbert de la Suche, critique cinématographique aux auteurs réunis.

UN AUTRE FILM : « SENSO » de Luchino Visconti (1954) avec Farley Granger et Alida Valli. Difficile d’en causer, j’aurais l’iompression de bégayer au pied d’un génie. Voyez-vous, à regarder certains films, on est heureux d’être né.

Bon, j’arrive pas à capter la réaction de J.Chirac après le départ de Raymond. Pour compenser, voici la réaction du président du Japon : « Ozo ? »

A lundi, mes fines !

 


 
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