Le rebelle aseptisé
Il ne boit plus, il veut Arrêter la clope, il est amoureux, il est papa deux fois et a une pudeur aussi large « qu’un sandwich SNCF », vous aurez reconnu Renaud le chanteur et vous avez raison. Pour ceux qui n’ont pas eu vent de la nouvelle, je vous la donne : Renaud sort un album. Verdict ? C’est toujours pénible d’avoir la gueule de bois.
Je l’avoue avec un brin de honte et un peu de gêne, j’ai aimé Renaud. Je sais, ce n’est pas grave, il y a pire dans la vie par exemple… continuer à aimer les chansons de Renaud.
J’ai aimé Renaud à l’âge de quinze ans. Emu par la découverte de la chanson Hexagone. J’ai eu l’impression de prendre une grande claque en forme de caresse et me voilà partie dans l’amour immodéré, ce genre d’amour qui ne peut aboutir qu’à la déception. Mais à quinze ans, on est un con sans expérience et malheureusement je n’échappais pas à cette règle. C’est à cette époque que Renaud avait lancé sur le marché du disque son album A la belle de mai. J’ai donc découvert Renaud au moment où il entrait dans une période « noire » et médiatiquement silencieuse qui dura jusqu’en 2002.
Ce qui m’a séduit chez le bonhomme, c’est la misanthropie et l’anti-France de la chanson Hexagone. Cette chanson qui n’a que deux accords est d’une rare simplicité à la guitare. Ce qui fait d’elle, la première chanson que j’ai su accompagner à l’aide d’une six cordes. Je connaissais ses chansons par cœur et j’avais fait de Renaud, dans mon imaginaire, un rebelle parfait, sans compromission, vouant sa colère aux flics, aux cons de tous les jours, aux religions, au patriotisme… je rougis en sachant ce que j’ai fait de Renaud : un penseur. C’est vous dire si la chute fut rude. Mais le pire c’est que ce ne fut pas une bonne chute directe, ça s’apparente plutôt à une grosse dégringolade. Je vais essayer de vous faire comprendre comment mon affection pour Renaud s’est terminé en offrant toute ma collection d’une vingtaine de CD (studio, live et compilations) du chanteur décoloré à un pote en lui disant approximativement : « c’est cadeau, je sais que ça te plaira, moi je fais une allergie ».
Le premier coup dans mes illusions fut porté par l’émission Télé foot où l’on pouvait admirer le chanteur qui parlait « des cons de supporters abreuvés de haine et de bières » dans Miss Maggie, complètement bourrés lors d’un match de l’OM en train de gueuler « arbitre enculé » au milieu de la tribune des Ultras. Mais l’amour est aveugle disent les borgnes et moi je me suis dis c’est pas grave, je l’aime quand même.
Le second coup dans la tronche de mes illusions fut le spectacle pour les Restos du cœur après la coupe du monde de 1998, où l’on voyait le chanteur en maillot de l’équipe de France chanter la Marseillaise version Gainsbourg pour fêter la victoire de la France. Si mes souvenirs sont bons, j’étais dans un bar en train de picoler et l’émission était diffusé en sourdine… à la vue de Mon chanteur d’Hexagone et d’Où c’est que j’ai mis mon flingue faire ce que j’ai ressenti comme un désaveu au trois quart de ses chansons, j’en ai balancé mon verre vide par terre de rage et… j’en ai recommandé un autre par tristesse. A cette période, je commençais à lire énormément et je me suis mis en tête d’étudier de près les chansons de Renaud et de chercher de plus en plus d’infos sur lui pour voir, si par hasard, j’étais pas entrain d’aimer une girouette.
Puis les coups aux illusions ont commencé à pleuvoir. Quand j’ai appris son engagement auprès des Orphelins de la police, qu’il avait dédié l’album Marche à l’ombre à Mesrine, qu’il avait fait de la pub pour de la bière, qu’il avait chanté pour l’Armé rouge, qu’il portait autour du coup un symbole de la religion Protestante… et puis il y eu les surprises dans les textes, pour donner des exemples concrets dans sa chanson Adios Zapata il explique que la revanche des pauvres, c’est de vendre de la coke aux riches ; dans sa chanson Corsic’armes ils parlent des poseurs de bombes et terroristes Corses comme des « Robin des bois » tout en dédiant sa chanson à un mafieux qui avait plus de sang sur les mains que dans le bide. Après on peut rire en l’entendant soutenir Ingrid Betancourt alors qu’il a toujours défendu la lutte armée. Il a aussi intenté un procès à un petit journal alternatif qui disait du mal de lui (procès perdu). Tout ça pour dire que j’ai trouvé des incohérences, de la démagogie ou tout simplement de la bêtise dans ses mots. On peut changer d’avis mais alors il faut cesser de chanter le contraire de ce qu’on pense, non ? Renaud préfère chanter ce que le public pense.
J’ai « rompu » avec Renaud à la sortie de son album Boucan d’enfer. Le voyant déballer sa vie sur tous les plateaux de télévision, sans pudeur, sans recul et pire sans humour. Regarder Michel Drucker interviewer ses parents et entendre « qu’ils ne le voient pas assez » fut le point d’orgue de mon mépris. Dans une émission de Fogiel consacré à Alain Delon, j’ai pu entendre Renaud dire tout le bien du bon Alain, juste avant lui, j’ai eu le plaisir d’écouter Sarkozy dire la même chose sur Alain, c’était beau. Puis il y a eu son amour médiatique avec une apprentie chanteuse. Le comble fut une autre émission de Fogiel où la potiche était invitée. Renaud dans les coulisses, lui a envoyé un sms en direct, retransmis sur l’écran du plateau, où l’on pouvait lire « je t’aime » j’ai peut-être vomi…
Aujourd’hui, Renaud sort un nouvel album où il ne parle que de sa gourde, il a vendu son mariage à Paris Match, son petit garçon a déjà une chanson et son album est fade, mièvre, pas très bien écrit. La perle est une chanson pour les paysans qui s’appelle Pas de dimanches où il conseille aux amis de l’agriculture qui obéissent à « des seigneurs » ceci : « Ils t’ont obligé à mettre tes champs en jachère. Ils ont saisi tes machines, ton pauvre troupeau, tu n’as gardé que ton fusil et ta cartouchière, quand ils viendront prendre ta ferme fais-leur la peau » et une bise pour ingrid.
En écoutant cet album, je ne me suis même plus énervé, c’est mauvais et c’est pas grave. Renaud, je ne l’ai compris que trop tard, n’est qu’un chanteur de variété qui a su surfer sur les bonnes vagues. Blouson noir en 70, idole de la jeunesse mitterrandiste en 80 et finalement déchet sans pudeur depuis 2002, ça tombe bien, l’époque est au déballage de la vie privé des stars…
Alors, pourquoi un édito consacré à un chanteur sans grand intérêt ? Peut-être pour dire, qu’après avoir aimé avec passion, après le dégoût de la désillusion, on fini par avoir le recul nécessaire pour comprendre qui on est et qui on n’est plus. Renaud depuis le début de sa carrière retourne sa veste ou son blouson toutes les cinq minutes, mais j’étais trop myope pour m’en apercevoir.
En conclusion, je voudrai dire que je me suis trompé en critiquant avec virulence depuis 2002 le chanteur Renaud. Le seul reproche que je peux lui faire c’est que je n’ai plus quinze ans et avouons qu’il n’y est pour rien. Aimer Renaud à l’adolescence reste un bon départ, disons qu’il est la « bibliothèque verte » de la rébellion et que je n’aime plus que la Littérature des grandes personnes. Merci Renaud d’avoir accompagné mon adolescence et le tout début de ma majorité, mais tes chansons sont comme mes vielles photos je ne m’y reconnaît plus.
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Anthony Casanova.
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