Le coq des bruyères hebdo... suite
N°17année 2006
Edito
L'émancipation judiciaire des ados
« Il n’y pas de sot métier » disent les gens qui ont un boulot qui les emmerde. Le travail est toujours plus ou moins rébarbatif qu’on soit cadre, artiste, éboueur, garçon de café et j’en passe et des plus cons, le travail est synonyme de répétition et de subsistance. On travaille pour gagner du fric pas pour la beauté du geste. S’il n’y a pas des métiers pour les cons, il existe en revanche des métiers de salaud ! Je prends l’exemple du bourreau. Imaginez ce type que j’appellerai Henri, se lever le matin, embrasser sa jolie petite femme et lui faire chauffer un bon café en attendant que sa dormeuse sorte des cuisses de Morphée pour le boire en sa compagnie.

Là, tous les deux, l’un en face de l’autre, il lui dirait qu’il est un peu en retard mais qu’en passant par l’avenue Pinochet au lieu du boulevard du général Marcel Bigeard, il peut arriver au boulot à l’heure, car aujourd’hui c’est important, le petit Henri va se servir de la toute nouvelle machine à électrocuter les testicules sur un mineur ; c’est après un baiser langoureux qu’Henri quittera sa douce pour aller au boulot.

Bien sûr la France n’a plus de bourreau mais il en reste dans certains pays et de toute manière, je souhaitais parler de l’action d’être un bourreau. Comment peut-on décider d’être le bourreau d’autres hommes ? Le bourreau a pour métier diamétralement opposé la prostitution. Souvent, on entend dire à propos des filles de joie « comment peuvent-elles faire ça pour du fric ? » car voilà le point central de la réflexion, jusqu’où peut-on aller pour subsister ? Car si les filles offrent de « la joie » les bourreaux ne pourraient à la rigueur n’en procurer qu’aux plus extrémistes des disciples de Sacher-Masoch. Le bourreau c’est la plus ignoble des activités que l’homme a inventé pour subsister. Et les militaires me direz-vous ? Non, car le militaire tue, certes mais reste persuadé qu’il protège plus qu’il n’attaque. On peut aussi ajouter qu’un militaire risque la mort autant que celui d’en face. Le bourreau, au contraire, c’est tranquillement qu’il fait son boulot ; il agit sous les ordres d’un type puis se justifie en disant « si c’est pas moi, ce serait un autre » ce à quoi il faut répondre qu’en l’occurrence l’autre c’est lui. Mais pourquoi vous parler des bourreaux dans un édito de la fin du mois d’octobre 2006 en France ? Merveilleuse question que je suis heureux de m'être posée.
C’est parce que le bourreau pour faire son travail sans vomir doit faire la négation du corps et de l’identité de sa victime. Lorsqu’un chasseur dépèce un lapin, il n’éprouve aucun dégoût puisque le corps ne ressemble pas au sien et qu’il n'a dans ses mains sanguinolentes qu’un animal et non un homme. Si un chasseur voyait un homme se faire dépecer, il serait horrifié puisqu’il verrait sa propre image se faire torturer. Un petit exemple, vous racontez à un homme une histoire où les testicules d’un autre homme furent entaillées au couteau et tous les hommes vont ressentir une crispation psychologique puisque c’est a leur propre testicules qu’ils vont faire référence.

La négation du corps d’autrui est largement à l’honneur dans le racisme. On juge une catégorie comme inférieure, ce qui permet de la réduire en esclavage ou de la coloniser. Le corps est souvent nié par les religieux qui lui préfèrent cette fameuse matière impalpable et invisible qu’ils appellent l’âme. Le corps n’est rien pour les marchands de métaphysique et tout plaisir qu’il vous procure doit être considéré comme un vilain péché.
Notre nabot national, Nicolas Sarkozy, vient de proposer « qu'un mineur récidiviste âgé de 16 à 18 ans soit considéré comme majeur » car cette fiente veut s’occuper du « sentiment d'impunité d'un certain nombre d'individus qui se croient tout permis (…) a un certain niveau de récidive - cinq ou dix condamnations par exemple -, on ne doit plus condamner au titre de la dernière infraction commise mais en tenant compte de l'accumulation des délits ». Il faut dire que pour Nicolas de 16 à 18 ans il y a l’éternité… et puis on apprécie qu’il double les condamnations comme un mec bourré au volant dirait aux flics « vous savez, j’ai dû boire cinq ou dix verres ». Sarkozy veut nier l’existence des adolescents puisque si on a commît plusieurs délits c’est qu’on est adulte ! la violence serait donc liée à l’adultisme, si vous êtes capable de voler c’est que vous êtes majeur ! le contraire m’aurait paru plus logique ; en plaçant les délits comme de l’immaturité, mais Sarkozy n’accepte pas qu’on puisse échapper à ses loi de plus en plus répressives parce qu’il manque six mois au gamin pour avoir la majorité !

Mais, chers lecteurs, je vous sens froncer les sourcils en vous disant que je ne vais tout de même pas qualifier le premier flic de France de bourreau ! Non, évidemment ce serait un raccourci trop rapide même si la négation de ce qui fait l’identité d’un être Humain est la première phase pour les réformes dites « inhumaines ». Par contre si je croise un bourreau et qu’il me dit, comme le veux l’usage : « si c’était pas moi, ce serait un autre » je lui répondrais « t’inquiète pas Henri, tu peux raccrocher la gégène, l’autre il veut devenir président de la république. »


Anthony Casanova.

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