Royalement vôtre.
S’il y a une constance en politique c’est qu’on est toujours à la droite de quelqu’un. Etre de droite signifie souvent un penchant pour l’ordre, la morale ou plus simplement des idées strictement réactionnaires jumelées avec un besoin presque compulsif de savoir que les entreprises sont libres de se bouffer la gueule pour vomir sur les salariés. Les militants du parti socialiste se retrouvent dans un choix qui n’aurait pas déplu à Corneille tant il est sinueux et révélateur de la complexité de la vie politique. Projetons-nous dans le futur plus ou moins proche et imaginons que Ségolène Royal soit la candidate de la gauche. Je sens déjà les esprits les plus réfractaires à la bouille de la déesse du Poitou s’offusquer de cette possibilité. Malheureusement, c’est, s’il on en croit les sondages, l’éventualité la plus probable. Ségolène serait donc en passe de devenir notre présidente chérie. La question qu’on se pose à ce moment de la campagne c’est : pour quelle « putain » raison faudrait-il voter pour elle ?
Les lecteurs du Coq des bruyères pourraient penser que je défends les idées socialistes et que rien ne pourrait me faire dévier de ce chemin sans saveur ; Les lecteurs qui me perçoivent ainsi n’ont pas tout à fait tort. Oui, je vais voter socialiste dès le premier tour et pourtant je me sens très éloigné des trois candidats à l’investiture. Alors pourquoi voter pour eux me direz-vous ? Je vais essayer de répondre.
Je pense être proche de la philosophie hédoniste et de la pensée libertaire. Je pense aussi être foncièrement anarchiste ; Alors pourquoi voter ? C’est tout simple, j’estime avoir très peu de liberté et vivre dans une société où les politiciens par une exagération démagogique et populiste font passer médiatiquement un programme plus inquiétant que porteur d’un certain espoir. Je fonctionne assez simplement, tout ce qui me fait vivre avec le moins de contrainte me semble un cadeau venu tout droit d’un quelconque jardin d’Eden. C’est vous dire s’il est compliqué d’accepter ce genre de cadeau lorsqu’on ne croit pas plus aux Dieux qu’aux Diables. Je considère, à tort certainement, tous les électeurs de l’UMP comme des crétins sans nom. Mais, je ne saurais vivre tout en niant leur existence et leur participation dans le vie politique d’un pays que je préfèrerais être le descendant direct des idées de Zola plutôt que de la paranoïa d’un Céline. Les positions de Sarkozy m’apparaissent comme inquiétantes et dangereuses. Son attachement au communautarisme, son engagement pour une répression excessive et démesuré, sa volonté de réformer le système judiciaire me font craindre cinq années de recul des libertés individuelles.
Il ne faut pas se leurrer et rester concret, ce n’est ni le rassemblement de la gauche de la gauche de la gauche ni l’UDF qui seront en position d’emporter l’élection. Nous avons donc un choix finalement très simple : Sarkozy ou Ségolène. Quelle posture faut-il prendre ? Pourquoi voter pour le ou la « moins pire » ? La seule réponse qui me vient à l’esprit c’est l’instinct de survie ! Il faut éviter de se retrouver sous la présidence d’un nabot mégalomane comme Sarkozy, alors il faut faire des concessions et pousser le bulletin dans l’urne même si on préférerait y foutre un grand coup de pompe ! Ségolène ne m’inspire aucune sympathie et le minimum syndicale de désir, mais il faut savoir accepter que tous les Français ne sont pas hédonistes et qu’ils aspirent plus à avoir un nouvel écran plasma qu’à œuvrer pour une construction de soi. Donc, c’est avec le maigre enthousiasme d’empêcher l’accession au pouvoir de Sarkozy que je voterai pour elle, mon vote ne sera ni passionné ni exalté mais j’aurai le sentiment de faire la seule chose en mon pouvoir : mettre un petit bout de papier dans un cube en mai 2007.
Dans moins d’un mois nous connaîtrons le nom qui portera la rose durant la campagne, j’ai une petite préférence pour Strauss-Kahn que j’estime être le « moins pire » des trois… mais pensez-vous peut-être que l’on ne peut se satisfaire de tant de compromis et de se manque de ferveur ? C’est vrai que ça ne ressemble pas aux grandes heures ou aux grands rendez-vous de l’Histoire mais finalement, le désabusement qui survient lorsqu’on accepte la différence entre ses envies et celles de ses concitoyens ne fait-il pas partie intégrante de la démocratie ?
Post-scriptum : J’ai le plaisir de vous annoncer qu’à partir de la semaine prochaine vous pourrez télécharger gratuitement un disque de Font et Val hebdomadairement. Nous présenterons les disques chronologiquement et nous commencerons donc par L’Autogestion. Rien que du bonheur !?! Je sais, je sais.
Toute l’équipe des Auteurs réunis remercie chaleureusement l’ami Pierre Duclos pour sa contribution à rendre l’univers de Font et Val accessible à tous.
Anthony Casanova
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