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LE COQ DES BRUYERES mardi 18 juillet
VU DE CORSE 1.
Dimanche soir, rendez-vous à Valence avec Thierry Rocher et son fils Lucas, pour descendre sur Nice où le bateau nous attend.
Comme j’arrive en avance d’une heure à Valence, j’en profite pour espionner les gens, c’est infiniment plus excitant que de s’appauvrir le cortex devant la télé, croyez-moi. Et là, sur le grand parvis de la gare, j’assiste à la chorégraphie de ce qu’on pourrait appeler « le dragueur de gare ». Un quadra, grand, svelte et ventre plat, bref le genre qui m’énerve, tourbillonnant autour d’une frêle jeune fille aux avantages mammaires facilement perceptibles par temps de brouillard. Une belle petite gueule avec de grands beaux yeux, une bouche pleine de promesses, et des cheveux rebelles sur un front lisse, que j’avais déjà repérée dans le train, que j’avais regardée d’un œil trop insistant, et qui sans un mot, mais d’un regard sévère, m’avait un peu rabroué. Une belle jeune fille qui ne sombrerait jamais dans mes bras, comme tant d’autres, mais c’est la vie.
Le dragueur a de belles manières, il cause doux, je ne parviens pas à entendre ce qu’il fredonne aux oreilles de la belle qui lui répond de temps à autre. Va-t-il l’emporter sur son cheval blanc, vers une auberge dont il connaît bien l’adresse, pour y avoir emmené des troupeaux de Guenièvres affolées par ses pectoraux saillant sous le maillot ? La jalousie s’empare de mon abdomen, déjà, comme toujours, tiens, faut que je fasse une chanson sur la jalousie pour le prochain spectacle, mais j’ai pas l’angle, je ne sais pas comment prendre la chose, et poutant je l’ai souvent subie, cette maladie.
Trente minutes s’écoulent, et le dragueur s’en va, visiblement éconduit par l’indifférnce de Guenièvre.
Ouf !…
Il entre dans la gare, avise une jeune femme en attente sur un banc, s’assoit auprès d’elle, et reprend son entreprise de séduction. Oserai-je dire que j’envie un peu cette décontraction ? Parce que, des fois, ça marche. Une fois sur dix peut-être, mais c’est toujours ça.
Autoroute jusqu’à Nice, non sans un arrêt-sandwich à la merde, dans une station-boutique où l’ond vend les 100g de caca au prix du caviar. Repas improvisé entre sept camions et trois cents bagnoles, quarante familles déjà vêtues de bouées, tout juste si elles n’ont pas les palmes, et comme toujours, deux chiards qui hurlent parce qu’on ne les a pas abandonnés au bord de la route, attachés à un fil barbelé.
Nice, six heures du mat. Parking ouvert par un humoriste recyclé en gardien qui nous lance : « Ya pas d’Ile Rousse, elle est blonde ». Je meurs.
Sommeil sur banquettes, dans la bagnole, disons plutôt une vaste insomnie entrecoupée de somnolences. C’est quoi comme voiture ? une fabrique de courbatures.
Bateau. Superbe, vaste, confortable, avec des télés partout, pour permettre aux gosses de ne pas voir la mer, des fois qu’elle ait des seins nus et une moule poilue.
Ile Rousse. Anthony nous accueille en un point imaginaire qu’il a fixé après une lecture de Tintin au Congo, de sorte qu’on met 30 minutes pour le trouver.
Restau en bord de mer, là je ne vous en dis rien, ce serait vous mettre le vin à la bouche, disons que la Corse n’a pas usurpé sont titre d’île de Beauté.
La chaleur ? Non, point trop, en raison d’une douce brise qui vous flatte l’épiderme, camme une caresse d’oiseau des mers venu vous accueillir d’un vol large comme un grand sourire.
Alcool de châtaigne,
Quelques pas dans le sable,
L’eau !
Turquoise, claire et foncée, transparente comme un cœur d’enfant, l’eau tiède et revigorante, les vagues modestes, les filles à demi-nues, quelle vie de merde !
Le soir, dîner dans la vieille ville de Corte, pléonasme, tout y est bellement ancien, taillé dans le XVII° siècle, avec des couleurs à l’italienne, accueil fraternel de deux femmes inventée par le créateur du sourire, mais là encore je me tais, c’est trop bon, ce serait méchant de ma part que de vous mêler à cet antichambre du paradis. De jeunes ilotes chantent, à trois ou quatre vois, puis Anthony entonne « Le premier de la classe » devant un couple d’Allemands qui n’y bitent rien mais sourient avec indulgence, Lucas essaie « Soyez pédé » sur un rythme très éloigné de l’original, j’entonne « Canoë » avec Therry, et sur une dernière liqueur de châtaigne, on va prendre nos lits en marche. Contents.
Enrésume, je vous le dis : ce qu’il nous faudrait, c’est une bonne guerre !
Patrick FONT
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