VU DE CORSE 5.

 

Je voulais vous causer des fromages corses, mais c’est inutile, on ne les trouve pas, ou presque pas, sur le continent. Tout se passe comme si cette île restait frappée d’ostracisme, et donc, pas étonnant si parfois des bombes explosent. Un conseiller municipal m’a dit hier soir que la Corse n’était prise en compte financièrement que depuis 15 ans par notre gouvrenement de Paris. Rappelons que la Corse est « française » depuis I765, ce qui aurait pu laisser du temps à nos princes pour se pencher sur l’île.
Le personnage historique le plus aimé de la population corse est Pascal PAOLI, farouche défenseur des droits des insulaires. Sans vous faire un cours d’histoire, je vous dirai que Napoléon n’est apprécié qu’à Ajaccio, où il est né. Moi qui pensais que tous les Corses étaient bonapartistes, ben voilà qui me rassure, car, entre nous, je n’ai jamais beaucoup aimé le Boucher de l’Europe, à contrario de quelques historiens farouchement attachés à cet épigone du pouvoir absolu. Oh, pas question de juger, on ne juge pas l’histoire, mais il est permis d’estimer que cet homme aurait pu se passer du titre d’empereur, à plus forte raison quand on est issu de la République, non ? Ah mais en France, on adore les poignes de fer, et je connais quelques « démocrates » dans mon entourage dont la pensée, secrètement, défile au pas de l’oie. Z’aiment le peuple, mais ne le fréquentent pas. Notez que, pour être franc, en ce qui me concerne j’aime le peuple parce que ses filles coûtent moins cher que les pétasses de la haute. On peut les emmener bouffer au Macdo sans qu’elles rictussent.
Votre argent ne les éblouit pas, car elles ne savent pas trop ce que c’est. Ici, je pense un peu aux Annéciennes, fausses blondes et vraies connes à manteau noir, qui ne te jaugent qu’à l’aune de la marque de ta bagnole, et je n’invente rien, hélas, car les paysages seraient plus sereins s’ils n’étaient pas habités, petit clin d’œil à Brassens. Par bonheur, il se glisse naturellement, dans le troupeau des maquillées à outrance, quelques bonnes femmes, ou plutôt quelques femmes bonnes, qui vous aident un peu à occulter les pouffes du tour du Lac.
Si l’on excepte quelques villes côtières frappées par le tourisme, on peut avancer sans trop se gourrer que la Corse n’est pas riche. Egoïstement, j’allais dire tant mieux. Elle rappelle l’Italie par maints endroits, surtout par l’architecture et par la relative qualité des routes. Je l’ai déjà dit, mais je le redis car hier, on est allé jouer à MOLTIFAO, village accroché à la montagne, comme on en voit plein les cartes postales. 5OO habitants. Eh bien, et Thierry Rocher m’en faisait la remarque, « on ne se croirait pas en France ». C’est vrai qu’on était dépaysés. Si j’ajoute l’accueil qui nous fut réservé, le repas d’avant spectacle, le vin rouge à saoûler tout un couvent de nonnes abstinentes, l’eau de vie qui te propulse sur la scène à la vitesse d’un pet de cochon, la gentillesse d’un public peu habitué aux soirées satiriques, le pot de l’adieu devant un groupe brésilien, eh bien oui, c’est vrai, on ne se croirait pas en France.
Et là, je tiens à m’élever avec véhémence contre une rumeur furieusement enracinée dans nos esprits de Français supérieurs en tout sauf en football : cette rumeur qui affirme ceci :les Corses ont si peu d’humour que nos spectacles ne marcheraient pas chez eux. Sont tellement attachés à leur terroir que nos chansons les rebutent, sans parler de nos plaisanteries. C’est totalement faux ! Et je peux le dire pour l’avoir vécu, nos gugusseries et chansonnettes fonctionnent ici aussi bien que là-bas, et pas devant un public d’initiés, mais face à des villageois qui ne vont pas tous les soirs au Zénith. Qui a donc semé un jour cette réputation lamentable ? A mon avis, les organisateurs de spectacles se trompent lourdement en estimant que la population ne serait pas apte à comprendre. J’ai entendu dire ça en Suisse allemande et en Belgique à propos de Font et Val : « Le public n’est pas assez informé ». C’est idiot et puis, qu’est-ce que c’est que ces manières de se prendre pour les gens ? En Belgique comme en Suisse, ça s’est très bien passé, même que ça riait plus fort, sauf la presse. Celle-là, si tu te fais connaître sans son secours, elle te toise, te méprise, te conchie. Et ce n’est pas l’EST REPUBLICAIN qui me dira le contraire, ce papier qui nous traînait dans la merde chaque année, à l’occasion de nos passages à Nancy. Cela dit, on ne constata jamais de défaillance côté fréquentation, à croire que notre public de l’Est était plus républicain que son journal. Tout ça pour vous dire, saltimbanques de tout poil, que vous pouvez sans crainte aller vous produire sur les estrades corses.Et n’écoutez pas les bruits de mauvais augure.
Voyez plutôt : on est déjà pressentis pour revenir cet hiver tant à Bastia qu’à Corte. Alors, hein.
Le séjour touche à sa fin, le temps a couru très vite, y’avait rien à jeter.

NB. Denis m’apprend qu’en juillet, on aurait eu 36OO visites sur le site !…Et 16OO en juin…Bon, ben, bienvenue aux nouveaux, et, pardon de me répéter, n’oubliez pas le festival du BAR DES VIEUX CONS du 1° au 7 septembre à Paris ! Spectacles avec buffet savoyard, parce que nous aussi, on a un terroir, et même un terroir-caisse, pour paraphraser Martial Paoli, notre concepteur en calembours à la con.

Patrick FONT

 
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